Smeerenburg, île d’Amsterdam, 13 juillet

Position le 13 juillet à Smeerenburg, île d’Amsterdam: 79°44’N 10°59’E
1005 HP
Vent E inferieur à 5 kt
Mer: belle
Houle: 0 m
Temps: couvert + éclaircies
Allure et voiles: moteur 1750 tour/mn GV 3 ris
vitesse: 5,6 kt

Depuis Moften, le cheminement du bateau est passé par les îlots du nord ouest, montagnes pointues, noires veinées de blanc pur, entrecoupées de glaciers vélant dans l’eau du cristal turquoise. Au milieu de cette improbable géographie, une zone de calme que les baleiniers hollandais ont baptisée Fair Haven. C’est là qu’en juin 2023, le voilier Orionde a été arrêté par la banquise.

Quelques miles au sud se trouve Smeerenburg, sur l’île Amsterdamoya. C’était la base des baleiniers Hollandais, au XVIIeme siecle : une moraine avance sur les eaux libres, prolongée par une plage en pente douce aujourd’hui signalée par une balise pyramidale rouge vif. Au pied d’une montagne brune, des creux dans la moraine retiennent des eaux de fontes de glaciers, indispensables ressources d’eau douce pour la « ville », très appréciée aujourd’hui par les oiseaux qui viennent y boire.

Cette plage en pente douce se prêtait parfaitement à la tactique initiale des pêcheurs basques,  qui trainaient le corps des baleines tuées au harpon jusqu’à la plage pour les dépecer. 
L’ancre a été jetée devant la moraine, et le dinghy descendu pour rejoindre la plage ou a été batie cette ville, et son cimetière. La vie y a aujourd’hui repris ses droits : un groupe de morses serrés les uns contre les autres, un troupeau de bernaches nonettes avec leurs poussins, dans la mer les sternes infatigables virevoltent et pêchent de petites choses qu’elles attrapent en surface, comme des hirondelles capturant des moucherons.

Le voilier Havella est arrivé là aussi, échanges d’informations, une pensée pour les baleiniers devant les fourneaux de pierre ou posaient les grandes marmites de cuivre ou ils fondaient la graisse des baleines, retour au bateau.

Il fait frais, les nuages descendent, le vents est presque à l’arrêt, de faibles courants de marée balayent le Danskegattet qui ouvre lur l’ouest. 

Ce matin, la journée a commencé par un passage devant Virgohamna, de l’autre côte du Danskegattet, sur l’île Danskoya. C’est de cette plage de moraines grises que sont partis en 1897 trois aventuriers, Andrée, Fraenjkel et Strindberg, à bord d’un ballon gonflé d’hydrogène et affrêté sur place. Ils voulaient gagner par les airs le pôle Nord , distant de seulement 600 miles marins (environ 1100 km). Les malheureux ont attéri quelques dizaines de miles plus loin, sur la banquise. Leurs corps ont été retrouvés en 1930 sur l’île Kvitoya, au nord-est de l’archipel du Svalbard.

Il ne reste d’eux que le souvenir de leur bravoure insensée, les débris et outils qu’ils ont laissé sur Virgohamna, et le nom Andrée, donné à une langue de terre qui pointe vers le Nord au milieu du Spitsberg.

La météo du jour, brouillards glacés, nuages bas sur l’eau, s’accorde avec la nostalgie que suscite cette triste aventure.

2 réflexions sur « Smeerenburg, île d’Amsterdam, 13 juillet »

  1. Avatar de Dominique Richard
    Dominique Richard juillet 15, 2024 — 10:34

    Le récit des navigations de la Laureline est toujours aussi passionnant. Ses navigations dans le froid m’impressionnent beaucoup aussi. Pour moi qui suis depuis 15 jours dans les îles éoliennes (au Nord de la Sicile) dans une eau à 30C, le contraste est énorme. Ici je peux assouvir ma passion pour les apnées dans un eau cristalline.

    Dominique Richard sur VELOMA

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    1. Avatar de Hélène

      Bonjour Dominique ! c’est sympa d’avoir de vos nouvelles. Profitez bien de vos voyages ! Hélène

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