Les canaux de Patagonie

Les photos d’Arnaud

Je ne résiste pas au plaisir de présenter sur le blog les photos que Arnaud a prises avec sa gopro.

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15 mars : on répare tout

« De l’estrope de sous barbe à la bosse d’étalingure en passant par la bosse d’empointure, des mèches de safran aux rotules de biellette, tout est passé au peigne fin. L’une des rotules était bloquée, la barre était un peu dure, le boulon de la biellette commençait à partir, un peu plus et la biellette se décrochait. On répare tout. »

Marc qui a su trouver et remettre en ordre quantité de menus désordres mécaniques qui pouvaient expliquer les pannes intermittentes observées jusque Puerto Williams. Entre vannes plastiques fendues sur serrage trop fort, pièce délicate en cuivre rayée d’un coup de tournevis lors d’un démontage hasardeux de l’impeller , durites montées de travers les 2 colliers de serrage alignés et non décalés, filetages forcés de cosses de batterie, bagues isolantes oubliées sur l’alternateur qu’il avait fallu démonter pour accéder à la pompe… autant de menues erreurs, et autant de pièges, capables d’expliquer des entrées d’air inopportunes dans l’arrivée de carburant et la perte soudaine de puissance du moteur, ou dans le circuit de refroidissement avec désamorçage de l’impeller, ou de comprendre l’inexplicable « défaut » de batteries neuves, qui en réalité marchent très bien, tout comme le moteur, ou de trouver l’origine de la consommation en un temps record des anodes entre Les Malouines et Puerto Montt.

Grâce à son intervention, le bateau sera prêt à repartir

Mais pas tout de suite!

 

Marc.jpeg

travaux

 

12 mars : sortie de l’eau!

 

Même le toutou, ça lui semble bizarre un bateau qui avance comme ça, et nous ce soir ça va sembler bizarre de dormir sur terrain fixe.

sortie de l'eau3sortie de l'eausortie de l'eau2

Une négligence lors du remontage de l’alternateur, avec oubli du joint téflon et de la bague d’isolation, retrouvés  dans la gate, a eu des conséquences sur l’hélice dont le corps a subi une électrolyse dont l’importance va devoir être évaluée après démontage.

helice corrodée

 

10 mars : préparation du bateau pour l’hivernage

Emmanuel profite des compétences de Marc pour vérifier l’état du bateau et comprendre les mésaventures rencontrées cette année, alors que le bateau a régulièrement été confié pour hivernage à Cherbourg, ou il a été livré en 2013.

« Le moteur a été vérifié dans le menu détail. On a trouvé plein d’anomalies dans le remontage de durites, et un joint Téflon oublié sur l’alternateur, mais il n’y a définitivement pas de prise d’air dans le circuit de refroidissement.

La bague d’isolation de l’alternateur retrouvée dans la gate

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Par contre en démontant la pompe, on a trouvé un disque de cuivre abîmé par un tourne-vis, ce qui a créé une petite corne empêchant le rotor de rentrer à fond dans sa place de 1 demi mm. C’est assez selon Marc pour diminuer sa puissance, réduire le niveau dans le bocal vetus, et favoriser son désamorçage intermittent, ce qui fait travailler l’impeller à sec. L’impeller casse au bout de 5 mn à sec. On a remis à plat le disque par ponçage mais il en faudra un neuf. »

« Hivernage du groupe et du désalinisateur terminés. Mais on a trouvé une anomalie de position du tableau de commande. La biellette de barre vient cogner dessus. On l’a avancé de 10 cm. C’était assez long en menuiserie et électricité. De même la biellette butte sur le câble d’accélérateur. Faut qu’on voie comment y remédier. Autre chose : le circuit de gasoil a des défaut de montage: l’eberspecher prend en T sur celui du moteur,  c’est une faute qu’on va réparer. »

« L’électricité à bord a été revue, on a désormais le 220 V en plus du 12V en permanence, c’est mieux. Tous les réglages de pilote, de cap ont été revus, le zéro de la barre et le compas giroscopique ont été ré étalonnés. Nous avons une précision désormais excellente et des info inédites »

Marina club nauticos Reconcalvi et lions de mer du comité d’accueil

marina nauticos reconcalvilion de mer

phoques sur une boueebateaux de peche

 

 

6 mars : une pensée pour Arnaud Dhallenne, et pour une passagère du voilier Paradise, disparus en mer au large des îles Malouines

Hier matin, vers 10heure 30, la navigateur Malouin Arnaud Dhallenne est passé par dessus bord avec une passagère lors d’un chavirage du voilier Paradise, dont Arnaud est le skipper.  Le bateau, pourtant habitué à la navigation dans le Grand Sud, a été couché par une vague entre les îles Malouines et la Géorgie du sud. Aucun des deux équipiers ne portaient de combinaison de survie ni de gilet de sauvetage. Les autorités argentines ont donc arrêté les recherches en fin de matinée aujourd’hui.

Six autres personnes se trouvaient sur le voilier. Un bateau arrivé rapidement sur site, le Seabed Constructor, a pu prendre en charge la nuit dernière un passager blessé à la tête.

Morgane Ursault Poupon est en train de ramener le bateau aux Malouines pour l’abriter dans des conditions de mer qui restent difficiles.

Nous pensons très fort à eux et à leurs familles, y compris celle des marins de toutes nationalités qui circulent en voilier d’un pôle à l’autre et sont tous émus par ce drame.

info France 3 région Bretagne

 

Les étapes  du voyage dans les canaux de Patagonie

 

canaux de patagonie

5 mars  : arrivée à Puerto Montt, mission accomplie!

Position: 41°30 S, 72°59′ W, 1022 hPa, vent du nord 11 kt, amarrage au ponton de la marina nauticos Reconcalvi à Puerto Montt.

Une baston à 35 kt sur l’île de Chiloé et en particulier sur Mechuque s’annonce sous peu, notre divin mouillage ne pouvant le rester longtemps, nous avons décidé de partir de nuit, par une nuit sans lune.

Sans rien voir, avec des cartes fausses, des écueils connus placés au mauvais endroit, et des fermes marines non éclairées non balisées, nous avons réussi à nous extraire du piège. Nous progressions contre le vent à la petite vitesse d’un voilier à 4 kt.

Dans la nuit, dans le passage étroit qui conduit au golfe d’Ancud, le Royal Princess, le fameux paquebot de 330m de long, nous a rattrapé à la vitesse astronomique de 20,2 kt, avec CPA à 300m (C’est trop près pour nous). Nous connaissions ce monstre, parce qu’au moment de passer le cap Tamar, lorsque nous devions virer au bout du détroit de Magellan, il arrivait en face, et Marc s’est permis le culot de lui demander de virer de 10° pour nous laisser la place. Il a obtempéré immédiatement avec courtoisie.

Cette fois-ci, sans rien avoir à lui demander, en voyant à nouveau la Laureline sur sa route, il a spontanément dévié sa route de 10° pour ne pas nous déranger. Merci Royal Princess !

le Royal Princess s’est écarté à 1 mile de notre route

Royal Princess

Après la remontée du chenal et l’aide efficace du personnel de la marina nauticos Reconcalvi, nous avons amarré la vaillante Laureline au ponton, et nous sommes tous les trois chaleureusement embrassés, si contents d’arriver . La remontée des redoutables canaux de Patagonie : on l’a fait ! Et le comandante a même ajouté une grosse bise sur la coque de la héroïne de l’histoire.

Le bateau est arrivé à 16:36 UTC à Puerto Montt, l’objectif du voyage engagé l’été dernier à Cherbourg est atteint

Carte des vents « earthnull school », 5 mars 2019. Ce n’est en effet pas le moment de s’engager dans le golfe des Peines ou de trainer à portée de Nord Ouest dans le golfe de Corcovado! j’ai une pensée pour Zoomax que j’espère à l’abris.

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4 mars : Mechuque

Position: 42°18′ S, 73°15′ W, 1022 hPa, mer calme vent nul.

Marc et Arnaud

marc & arnaud

Nous sommes mouillés à l’île Mechuque, située à quelques heures de l’île Chiloé. Les palafitos colorés jaune ou bleu et les tuiles en bois d’alerce donnent à ce village éloigné de tout un charme fou.

mouillage à Mechuque

 

maisons mechuque2maisons mechuque

A part la pêche, l’activité est centrée sur la construction navale à même la plage d’embarcations en bois de 15 à 20 mètres avec un outillage rudimentaire et des méthodes ancestrales pour cintrer les bordées. Il leur faut six mois pour livrer un bateau de pêche.

palafitos à Mechuque

palafitos mechuque3palafitos mechuque2

palafitos mechuque

construction de bateau à Mechuque: les bordées sont ramollies à l’eau bouillante dans un tube avant d’être clouées

Mechuque construction navale3Mechuque construction navale2Mechuque construction navale

 

Sur le chemin des enfants cueillent des mûres, Paulino qui tient le musée nous a offert de la confiture de mûre ; il était content de rencontrer des français, car son neveu Jose Edulio Barrientos, natif de Mechuque, exilé en France au moment de Pinochet, est l’auteur d’une sculpture en bronze de Mendès France inaugurée par Mitterand.

Emmanuel et Paulino

Paulino

musee Mechuque

Nous lui avons offert un grand drapeau Français dédicacé : « La laureline, du Spitzberg à l’Antarctique, en passant par Mechuque, signé par le comandante Emmanuel et les tripulaciones Marc et Arnaud » . Il l’a aussitôt accroché en bonne place dans le musée.

Paulino2Drapeau

4 mars: Dalcahue

Après un repas au restaurant Octavia à Castro, où nous avons découvert le délicieux congre de Patagonie, très différent de celui de Méditérannée, nous découvrons en reprenant la météo qu’il ne reste que quelques jours de beau temps avant nouvelle dégradation. Les canaux étant mieux balisés à Chiloé, nous décidons de naviguer de nuit, afin de ne pas manquer les dernières visites de la fascinante île de Chiloé.

Départ du mouillage de Castro à 23 heures, arrivée à Delcahué le 4 à 5 heures. L’église en bois est au patrimoine de l’Unesco, le village est animé par un marché aux légumes.

bateaux de pêche et église à Dalcahue (proche de Mechuque, sur l’île Chiloe): L’église en bois est inscrite au patrimoine de l’Unesco

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dalcahue port

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Nous sommes étonnés du nombre de bateaux de pêche équipés de compresseur et d’un narguilé pour la plongée sous marine à l’ancienne.

D’après un article publié le 12 octobre 2015 par le Figaro Nautisme « Chiloé, la vie à un fil » chaque plongeur – souvent patron et propriétaire de la barque – embarque un matelot qui demeure en surface et l’assiste pendant ces séances qui peuvent durer jusqu’à quatre heures.

Reliés à la surface par un tuyau, les plongeurs passent ainsi des heures sous l’eau en quête d’algues rouges et d’ormeaux endémiques dont les marchés asiatiques sont friands. Les plongeurs ont renoncé à travailler avec des bouteilles d’air comprimé, car elles ne durent pas assez longtemps,  sont chères à l’achat et délicates à entretenir. Les Chilotes leur préfèrent ces compresseurs archaïques, faciles à réparer, dotés de manomètres qui permettent d’adapter la pression de l’air à la profondeur souhaitée. Quant aux tuyaux, quand ils s’endommagent, un morceau de chambre à air suffit à colmater la fuite.

Delcahue

bateaux de plongeurs à Delcahue : en jaune, le tube du narguilé

bateau de plongeur3bateau de plongeur2bateau de plongeur

Vers midi, on continue pour l’île de Mechuque, distante de 23 milles.

3 mars : Castro, capitale de Chiloé

arrivée sur l’île de Chiloe

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position: 42°28′ S, 73°45′ W, 1018 hPa, au mouillage devant Castro.

Arrivés dans le golfe de Corcovado, on chemine entre les hautes montagnes qui dominent une étroite bande de terre, avec parmi elles les volcans de Michinmahuida, Corcovado (2990 m), et Monte Yanteles.

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Ils retiennent de lourds nuages sombres vite renouvelés en laissant entre temps de courtes périodes d’ensoleillement magiques qui éclairent les rouges et jaunes des bateaux de pêche. En remontant l’île de Chiloé, nous avons approché l’estero Pailad animé par la allers et venues des pêcheurs, les dauphins, et une variété ornithologique incroyable, puis nous sommes venus mouiller devant les palafitos de Castro, des maisons en couleurs vives sur pilotis recouvertes de tuiles en bois d’Alerce.

cygnes à cou noir à Castro

castro de cygnescygne cou noir

 

castro pilotis3castro pilotis2castro pilotis

La description par Darwin en 1834 était assez sombre « La place est si pauvre qu’il a été impossible de trouver un kilo de sucre. Aucun habitant n’a de montre ni d’horloge, l’heure est donnée par la cloche que fait sonner un vieux gars supposé avoir une notion de l’heure. »

Aujourd’hui, la ville parait prospère, nous partons nous promener en prenant garde aux voitures que nous n’avons pas vues depuis longtemps.

l’équipage devant l’église Saint Francis à Castro

 

lions de mer a castro

dauphins

2 mars : un vent favorable nous conduit

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Position: 44°01 S, 75°12′ W, 1022 hPa, vent réel 12 kt, vitesse surface 5,8 kt, vitesse fond 6,2 au petit largue.

Nous avons eu la chance, à ne pas manquer, d’avoir un vent qui a progressivement tourné dans un sens favorable au large des côtes Chiliennes, il nous conduit au golfe Corcovado que nous devrions atteindre dans la journée. « le vent part au midi, tourne au nord, tourne, tourne et va. Ainsi faisons-nous de même lorsque nous prétendons y échapper, s’il fait laid à droite, je prends à gauche » disait Montaigne.

En plus ça nous rend philosophes: « Acceptation sereine du devenir, du mouvement, de l’impermanence, et de la vanité » commente Comte-Sponville.

1 mars : vers le Golfe de Corcovado

Position: 45°49′ S, 76°04′ W, 1019 hPa, vent réel 17 kt SW, vitesse 7 kt au petit largue, GV haute et Yankee, courant 0,8 kt au 328°.

Après avoir traversé le golfe des Peines au près serré, nous avons prolongé par un long bord vers le nord-ouest, afin d’aller chercher la renverse qui devait arriver vers 20-22 h selon les grib, prêts à changer d’amure au moment du « veering and backing » ( le vent vire et le vent revient). Nous avons attendu attendu, ça ne venait pas, le vent tombait tout comme la vitesse, jusqu’au calme plat.

Nous avons passé la nuit au moteur, que nous avons enfin arrêté au petit matin à 6h50. Le SW tant espéré est enfin arrivé, il nous propulse le long des côtes Chiliennes à plus de 7 kt au petit largue. A ce rythme, nous devrions arriver dans le Golfe de Corcovado demain dans la journée.

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28 février : le Golfe des Peines

Position 47°21′ S, 75°24′ W, 1020 hPa, vent réel 5 kt NW, courant 0,7 kt au 170°, cap vrai 305°, GV 2 ris et moteur 1700 t/mn.

Le franchissement du Golfe des peines oblige à respecter quelques précautions vis à vis de la météo et du dessin de la route optimale. Ce qui rend particulier le golfe, c’est son énorme houle du SW levée par les tempêtes qui arrivent plus au sud sur les Andes pour franchir le passage de Drake et le cap Horn. De plus cette houle arrive sur un plateau continental qui fait passer les fonds marins brutalement de 3000 m à 100 m,
ce qui tend à lever des vagues et leur faire perdre leur régularité.

Là dessus un vent du NW même léger peut créer une mer assez désordonnée pour mettre en difficulté les petits bateaux, en les poussant petit à petit vers la côte. D’ailleurs, même les gros navires ne se risquent pas à traverser en cas de mauvais temps et préfèrent attendre. Les récits de navigation des célèbres romanciers Chiliens, Francisco Coloane et Luis Sepulveda sont éloquents, ils invitent à la plus grande prudence pour ne pas subir le même sort que leurs héros.

Parfois, le bateau est tellement agité qu’il ne faut plus compter sur le moteur. L’eau et les résidus qui trainent dans les fonds de cuve de gasoil sont secoués, et viennent obstruer préfiltres et filtres, les histoires de panne de moteur sont fréquentes. En préparation, nous avons profité hier après- midi du calme du canal de Messier pour siphonner l’eau du fond de nos cuves de gasoil grâce à un ingénieux système de pompe, tuyau rigide, et ajout de nable inspiré de la méthode d’Olivier Fourment sur Chugach.

Hier matin, quand est tombée l’info météo de Marcel Oliver « GOLFO DE PENAS FAIR WEATHER UNTIL SATURDAY » et en examinant le déroulé des fichiers grib, il nous a semblé que la traversée était possible. Nous avons avancé toute la nuit, nous sommes maintenant au milieu du Golfe avec les baleines par mer calme et houle légère. Un vent du NW nous attend au tournant là-haut, nous prévoyons pour le négocier de tirer un bord de 50 milles plein ouest de façon à le prendre au près bon plein.

ça devrait passer.

au milieu du Golfe avec les baleines par mer calme et houle légère

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27 février : petite pause à Puerto Eden et c’est déjà reparti dans le canal Mesier!

Position: 48°53′ S, 74°24′ W, 1026 hPa, mer calme, vent 10 kt de face.

L’épave du Captain Leonidas un peu au nord de Puerto Eden

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Hier nous sommes arrivés à Puerto Eden, un village de pêcheurs sur une île isolée du monde. Nous avons rencontré l’Armada (gardes côtes) et les carabineros, extrêmement accueillants et serviables, et fait le tour du village sur un chemin en bois monté sur pilotis. Il n’y a pas de légumes ni de fruits à vendre, seulement du poulet et du mouton congelé. En revanche, nous sommes allés à la rencontre de Léo et Claude au retour de la pêche, ils nous ont vendu des roballos, un délicieux poisson de Patagonie et surtout des Centolla (ou king crabe).

Le soir Zoomax est arrivé, nous avons partagé avec Anna et Paolo nos crabes avec du riz et un Chardonnay, un festin !

Zoomax et Laureline à Puerto Eden

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laureline à P eden

Transfert de gasoil à Puerto Eden

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26 février : arrivée à Puerto Eden!

Une côte de baleine décore le ponton de bois devant l’école de Puerto Eden

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27 mouillage P Eden

côtes de baleine pour retenir un toit de tôle à Puerto Eden

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racapitulatif.pngPosition: 49°29′ S, 74°27′ W, 1028 hPa, vent vrai 5 kt, progression au moteur et GV 2 ris dans Paso Piloto Pardo, courant 0,6 kt au 290°, température extérieure 8°. Temps couvert, il ne pleut pas, nous sommes au centre de l’endroit le plus arrosé de la planète, parait-il.

brumes

Hier, nous avons remonté le canal Wide par vent katabatique de NE 25 kt descendant des glaciers Europa, Pinguin, Rindgove et Pio XI venus des Andes. Le vent froid venu des glaciers est plus lourd il cherche à descendre en dessous des couches plus chaudes. La mer était envahie de growlers et petits icebergs , de couleur topaze vélés par les glaciers, tous les cent mètres à perte de vue, ce qui a compliqué singulièrement la navigation. Pour les gros bien visibles, on a le temps de modifier la trajectoire, en revanche les petits transparents ne se voient qu’au dernier moment. La consigne est de préférer les taper avec la coque pour les écarter, plutôt que virer au dernier moment, afin d’éviter de les envoyer en dessous vers les safrans ou l’hélice. La coque a pris quelques griffes et quelques bosses.

Vers 18h, nous avons mouillé dans la Caleta Apala, l’ancre par 8 m et deux amarres attachées aux arbres. Apala est le nom donné par les Alakaluf aux Baleines qui fréquentent souvent cette baie, le nombre des baleines à bosse est maintenant en augmentation, par contre les Indiens qui vivaient ici depuis 10000 ans ont entièrement disparu depuis l’arrivée des Blancs.

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25 février : caleta Pablo Neruda

caleta Pablo Neruda

pablo neruda

Position: 50°06′ S, 74°39′ W, 1026 hPa, vent 23 kt NW, GV 2 ris et moteur au pilote wind à 15° du vent, courant défavorable 2,1 kt, vitesse 3,7 kt.

Hier nous avons mouillé dans la Caleta Pablo Neruda. De loin on repère une faille dans la végétation des montagnes, en approchant il faut slalomer entre de petites îles habitées par des colonies de cormorans impérial qui se font sécher au vent.

caleta Pablo Neruda

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L’entrée de la calanque n’est visible qu’au dernier moment, la faille est profonde de 1 mille, elle conduit à un espace entouré de végétation très dense où il y a juste la place pour l’ancre et deux amarres à terre, des dauphins nous ont suivi dans la passe, ils nous regardent faire en nous éclaboussant avec leurs cabrioles.

des dauphins nous ont suivi dans la passe

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Une loutre parait très intéressée par le déroulement de nos allers et venues en dinghy, on entend sans le voir un martin pêcheur, nous restons tous les trois silencieux devant un pareil enchantement. A terre une cabane et un casier à centolla témoignent de la fréquentation du refuge par les pêcheurs, un espace vert permet une courte promenade, mais il est impossible de pénétrer dans la forêt tellement elle est dense et encombrée d’un enchevêtrement d’arbustes et d’arbres morts couverts d’un à deux mètres d’épaisseur de mousse.

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24 février: la baie de Villarica

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Position: 50°45′ S, 74°08′ W, Canal Pitt, 1026 hPa, vent nul, moteur 1700 t/mn, vitesse 5,9 kt, Température extérieure 3° le matin, 7° l’après midi.

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Hier nous avons remonté le canal Sarmiento au moteur par vent quasi nul. Nous avons trouvé refuge dans la baie de Villarica dans laquelle on accède par une passe étroite entre les falaises. On pénètre ainsi dans un havre de verdure et de collines, avec en arrière plan les hauts sommets enneigés des Andes.

pêcheur dans le canal Sarmiento

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Des loutres qui pêchaient leurs coquillages à l’entrée sont venues en curieuses tout près du bateau. C’est la troisième fois que nous pouvons les observer de près. Elles ont été chassées au 18ème et 19ème siècle pour leur fourrure précieuse au point que les deux espèces (huillin et chungungo) étaient en voie d’extinction, d’autant que les indiens eux-mêmes les utlisisaient pour se vêtir, se nourrir et même pour le troc avec les blancs. La huillin vit en eau douce comme en eau de mer, la Chungungo seulement en eau de mer, elles se nourrissent de coquillages à faible profondeur, et ne sont pas affectées, contrairement à l’homme, par la marée rouge.

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Le Chili est le paradis des coquillages, mais en 1972 est apparue une épidémie qui a frappé les bivalves en provoquant un fort impact sur l’économie du pays. La marée rouge résulte de l’action d’une algue microscopique (Alexandrium catenella) qui provoque, quand on mange les bivalves qui en sont porteurs, une paralysie et la mort en 24 heures par asphyxie due à la paralysie des muscles respiratoires. Même en service de réanimation, les chances de survie sont très basses.

 

 

23 février : Moonlight Shadow

position: 51°27′ S, 74°03′ W, 1012 hPa, vent W 17 kt (grib), vent debout dans le Canal Sarmiento, GV 2 ris, moteur 1700 t/mn, vitesse 4,6 kt.

27 mouillage

arnaud et marcmoonlight shadow

 

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Hier a été une journée adrénaline: nous voulions arriver tôt dans Moonlight Shadow afin d’aller photographier en promenade dinghy les ouettes, les loutres et les martins pêcheurs. Le trajet à parcourir n’était pas très long: 33 milles, mais le vent de face s’est levé dans le canal Sarmiento avec plus de force que prévu: 35 kt rafales à 42, mer grise mauvaise, visibilité réduite. Nous avons louvoyé pendant des heures au ras de la côte, là où le courant est moins fort, sur la ligne de fond des 20 m, parfois tout près des brisants. Au moment d’abandonner, pour aller mouiller à 6 milles plus bas, une adonnante providentielle nous a permis de faire cap sur l’entrée étroite de la caleta, et d’y pénétrer en surfant entre les rochers.

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Une fois entrés, le contraste est saisissant: Silence et calme, chemin étroit bordé par une forêt primaire luxuriante, comité d’accueil par les dauphins, canards vapeurs, manchots magellan, cormorants royal, martin pêcheur, couples de ouettes marine, chimangos.

 

 

 

cormorans

Petits travaux mécaniques avec Marc: le groupe Northern light ne voulait plus démarrer par défaut d’arrivée de gasoil, même avec la pompe manuelle, qui restait molle. C’est en fait la vanne de sortie du réservoir de gasoil qui est fendue, ce qui occasionne une prise d’air. Il faudra la changer. En attendant nous avons bouché la fente avec de la pâte epoxy, le groupe démarre à nouveau au quart de tour. Pour fêter ce retour de l’électricité, nous avons fini par une soirée cinéma: « Braquage à l’anglaise » avec Jason Slattam. Arnaud a réussi à brancher le son de la télé dans les enceintes de la chaîne HiFi.

22 février: le canal Smyth est un village !

 

Position: 51°50′ S, 73°43′ W, 1015 hPa, vent 25 kt NW rafales à 30, GV 2 ris, au près à 15° du vent avec appui moteur dans estrecho Collingwood, vitesse 4,5 kt, température 4°, il a neigé cette nuit au dessus de 200 m.

Hier dans le canal Smyth, nous avons retrouvé le Saint Michel, la goélette Damien II de pavillon Allemand, coque bleue, pont blanc, sous grand voile, voile de misaine et trinquette génoise, que nous avons photographié sous une belle lumière avec en arrière plan les montagnes enneigées. Nous avions fait connaissance avec Hans à Mar del Plata, son bateau en acier est parfaitement entretenu depuis 39 ans. Il s’agit du sister ship du Damien II, un bateau de légende, avec lequel Jérôme et Sally Poncet ont hiverné en Antarctique en 1978. Leur épopée est racontée par Sally dans « Le grand hiver ». Dion, leur fils est né sur le bateau en 1979, à Gritviken en Géorgie du Sud. Nous l’avons rencontré sur l’île de Beaver, aux Malouines, il vit avec Juliette en trappeur des temps modernes, comme son frère Liev, et son père Jérôme.

le canal Smyth

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Nous avons été contents des retrouvailles et de bavarder par VHF avec le Saint Michel, le canal Smyth est un village !

Le Saint Michel, sous pavillon Allemand, est une réplique du Damien II de Sally et Jérôme Poncet

St Michel

En route nous avons revu aussi Imagine, voilier de 40 m et 5 barres de flèche amarré à côté de nous au ponton d’Alcasyn à Ushuaia, ainsi que Dorothéa III et Iron Lady. Finalement on n’est pas tout seul au bout du monde.

Le mouillage du Paso victoria

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le canal Smyth

pétrel géant au décollage dans le canal Smyth

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canal Smyth : épave du Saint Léonor (USA) sur les rochers

epave

St leonard2St leonard

21 février: le cap Tamar et la dame de fer

l’entrée étroite de Teotika au moment du mouillage le soir, et au petit matin, à l’heure de partir

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Vent du Sud-Ouest, une chance rare pour sortir du Magellan en franchissant le cap Tamar, même si les prévisions locales recueillies par Marcel Oliver annoncent sur l’île des Evangelistes « WIND 30/40 kt, GUSTS 60 kt, SEA 5/6m », car nous serons au portant, ça devrait passer.

carte au 19

Avec Marc et Arnaud nous préparons tout la veille, ranger le pont, tout arrimer, trinquette à poste prête à hisser, derniers réglages de prise de ris en installant dans la chute de GV des anneaux à faible friction pour plus de rapidité lorsqu’il s’agit de réduire la toile. Lever 5h30, départ 5h45, il fait nuit noire, mais c’est mieux de sortir de
nuit que d’arriver tard ce soir, nous suivons aveuglément sur l’écran du Navnet la trace de la veille en slalomant entre les îlots de la Caleta Notch sans les voir ou à peine.
Au début le courant du Magellan nous freine, nous craignons de ne pas arriver à temps, mais petit à petit sous GV 2 ris et Yankee 2 barres nous gagnons en vitesse par vent de travers, le vent préféré de La Laureline. Les compteurs affichent jusqu’à 11,5 kt sur l’eau et 9 kt sur le fond. Le cap est franchi, nous entrons dans le fond de Teokita par un boyau étroit et sinueux encaissé entre de petites falaises de rochers qui conduit
entre les petites îles à un port naturel entouré de forêt, sur une eau calme silencieuse et sans vent, où un couple de brassemers cendrés nous fait le comité d’accueil. Le paradis ! Il est 18h30, nous ne pouvions pas espérer meilleur timing.

« Iron Lady » nous a dépassé dans l’après midi, ils sont amarrés dans une anse voisine, ils arrivent en dinghy, nous les invitons à partager un verre de Carmenere dans notre petit bateau à voile bien modeste à côté de leur Trawler en aluminium de 78 pieds. Fabriqué en Nouvelle-Zélande, immatriculé à Guernesey, Deborah est la propriétaire, Lane et Suzy les invités, James le baby sitter du bateau. Ils reviennent d’Antarctique et se dirigent aussi vers Puerto Montt. Nous nous reverrons !

caletta teokita

cargo

islotes fairway

20 février  : Vers l’Ouest sur la couche limite

 

Position: 53°22′ S, 73°01′ W, 990 hPa.

Nous poursuivons la remontée du détroit de Magellan vers son embouchure Ouest, ou se  trouve le Phare des Iles des Evangélistes  (Islote Evangelistas , ou Phare Pacheco)*,  car aujourd’hui le vent est au Sud Ouest, ce qui est exceptionnel :  il nous permettra peut-être de franchir le cap Tamar pour embouquer le Canal Smyth.

Pour réduire l’effet du courant contraire dans le détroit, nous naviguons sur « la  couche limite » c’est à dire près de la côte, sur la ligne de sonde des 20 m; par rapport à
la navigation au milieu du détroit, nous gagnons 1 Kn. C’est comme le flux sanguin dans une artère, et Marc précise que c’est la même loi pour l’écoulement de l’air sur les ailes d’avion, ou l’écoulement de l’eau sur la peau des dauphins.

*L’embouchure Est a été baptisée par Magellan du nom de « Cap des onze mille vierges » en référence à la Sainte Ursule fêtée ce jour là.

19 février : la baie des sardines

carte au 19.png

 

oiseaux pelagiques

Manu & traits de lumière

position: 53°37′ S, 72°12′ W, 994 hPa, vent 25 kt W rafales 35, vitesse 5,5 kn, au près serré dans le détroit de Magellan.

Navigation au près serré dans les canaux de Patagonie: un vrai défi! à chaque virement de bord, tous les 25 à 30 minutes, il faut veiller à retendre la bastaque pour renforcer le mât quand le bateau est sous trinquette, et renvoyer ou reprendre les ris 3 et parfois 2 pour maintenir la puissance ou au contraire éviter de giter trop fort

pares a virerles virements de bord

etapes sardines.png

Emmanuel :  » Après le canal Cockburn, nous sommes entrés dans le seno Duntze au milieu des dauphins, otaries très joueuses, pétrels géants et albatros, Arnaud a filmé avec sa go-pro une baleine à bosse venue tout près du bateau. »

Canards vapeurs surpris par l’arrivée du bateau dans le courant

canards vapeur

paysages du canal Acwalisman

acqualisman 2acqualisman calme

« Par chance, lorsque nous sommes arrivés au début  du canal Acwalisman entre l’île Clarance et l’île Capitan Aracena, le courant de marée était dans le bon sens, ce qui nous a amenés assez vite dans le détroit de Magellan et nous a permis d’aller mouiller dans la fameuse baie des sardines, appelée ainsi par Magellan en raison de l’abondance de poissons, en fait de délicieux roballos, dont le goût rappelle celui du bar. »zweig.png

 

Et nous en rêve on imaginait la Trinidad et la Victoria au mouillage à côté de la Laureline.

arrivee sur magellapetit cargo

 

baleines dans le paso Ingles, à l’approche de l’île Carlos III

baleine paso ingles

baleine2

cormoran à l’entré de Bahia Mussel, devant le paso Ingles

bahia-mussel.jpg

cormorancanards famille

18 février  : au grand largue dans le canal Cockburn,

Emmanuel :  » Position: 54°27′ S, 72°01′ W, 1002 hPa, 8vent 31 kt W,  au grand largue dans le canal Cockburn, houle 1,5 à 2m, vitesse 7,5 kt.

étapes jusqu'au 17.png

photo Emmanuel, dans le canal Cockburn 2018

Ile Clarence

Hier matin, nous avons encore attendu que le vent se calme pour sortir de notre abri vers 9 heures en tirant des bords par 30 kt d’ouest dans le canal Ballenero. Nous avons bien avancé ensuite dans les canaux par 25 kn d’W au près avec appui moteur. Floris et Ivar sur Lucipara2 sont partis en même temps que nous, ils ce sont arrêtés à Caleta Macias. Yaghan, le joli cargo rouge et jaune mixte, passagers et fret, qui fait la liaison entre Puerto Williams et Punta Arenas, nous a doublé en prenant des raccourcis entre les écueils les brisants et les rochers, à faire peur, il doit connaître ! Dorothéa III et Iron Lady, des trowlers de luxe de 30 m, nous ont aussi dépassé, ils étaient amarrés depuis longtemps dans la Caleta Bercknok quand nous sommes arrivés vers 20h30. Après échange par VHF, James de Iron Lady est venu à notre rencontre avec son zodiac de 70 CV, pour nous aider à nous amarrer à couple dans le petit renfoncement entre les rochers. Partis de Nouvelle Zélande, ils reviennent d’Antarctique et se rendent comme nous à Puerto Montt.

à couple avec Iron Lady

27 iron lady

Formant un bassin circulaire de 800 m de diamètre ouvert aux canaux par une entrée étroite, La caleta Brecknock est parfaitement protégée par des reliefs arrondis gris clair de 500m d’altitude, qui retiennent des lacs dont l’écoulement se déverse en belles cascades dans le cirque.

photos Hélène 2018 : le chenal d’arrivée entre les roches, le renfoncement propice au mouillage éventuellement collectif, , et vue sur le bassin circulaire

Chugash a Brecknockcaletta Brecknock

La végétation, les mousses et les cohiués parviennent à s’accrocher dans la roche. Les dauphins, cormorans, canards vapeur, albatros,  sternes, chimango, caracara, et majestueux condors cohabitent, ils sont chez eux. Un spectacle à couper le souffle ! »

baleines à bosse dans le canal brecknock

 

des otaries font le spectacle dans le canal Brecnock

26 otarie26 otarie2

17 février : le vent se calme

Emmanuel : « Le vent devrait se calmer à 25 kt puis 20 kt dans la journée, toujours de l’ouest, je pense que nous allons pouvoir décoller de notre refuge où nous sommes bloqués depuis 7 jours. Nous devrions réussir à passer Brecknock, puis embouquer le canal cokburn. Sur la route il y a des solutions de repli à 19 milles et 22 milles dans des abris de pêcheurs. J’ai pensé aussi à Punta Arenas, j’ai demandé l’avis de Denis Chevalley, mais aussi de Patrick Jeandidier, et de Fernando. La ville a 120000 habitants, mais il n’y a pas de port décent ni pour les petits ni pour les gros navires, pas de facilités, pas de travel lift pour hiverner à terre. Il faut s’amarrer au quai protégé par des gros pneus, et rester obligatoirement à bord de façon à changer d’amarrage tantôt à l’est tantôt à l’ouest selon le vent, et selon le traffic des navettes.

Après Brecknock, il y aura encore deux difficultés: les Evangelistes à l’extrémité du Magellan, et le Golfe des Peines. Pour le reste c’est long mais ça devrait aller: Avec Marc et Arnaud, nous formons une bonne équipe, je suis confiant.

Nous ne sommes pas tout seul: Floris et Ivar, sur Lucipara2, un ketch Hollandais, sont mouillés à côté de nous, nous échangeons les info, de même Anna et Paolo sur Zoomax, un cigale Italien de 16 m, qui sont 5 jours devant nous, mais doivent déposer deux équipiers à Puerto Natalès avant de reprendre la route pour Puerto Montt. »

16 février  :  52 kn au mouillage 

position inchangée au mouillage isla del medio dans la canal Ballenero: 54°48′ S, 70°57′ W, 999 hPa.

Emmanuel : « Lucipara2, ketch hollandais, nous a rejoint hier après midi dans notre abri, nous avions fait connaissance au Micalvi, impossible pour eux d’aller plus loin, il était temps de se mettre à l’abri. Le vent a commencé à monter en soirée puis toute la nuit, faisant vibrer le bateau et hurler les gréements, les rafales ont atteint 52 kt.

L’amarre arrière tribord a lâché, c’est Arnaud qui s’en est rendu compte à la lumière du jour ce matin, le bateau est resté tenu par les trois autres et l’ancre. Nous l’avions nouée à une grosse aussière laissée en place par les pêcheurs, c’est l’aussière du pêcheur qui a cédé.

Aujourd’hui, La tempête se calme progressivement, nous pensons pouvoir partir soit ce soir, soit demain à l’aube. »

dessin Hélène en 2018 : Chugach s’était amarré exactement de la même façon

isla del medio cabane

15 février : williwaws et yankee au balcon

Emmanuel : « Position inchangée 54°48′ S, 70°57′ W, 1000 hPa, vent nul (pour le moment), au mouillage dans isla del medio, canal Ballenero, à l’ancre + 4 amarres de 100 m. La crique dans laquelle nous sommes mouillés est un port naturel de 200m x 200 dans laquelle on entre par un goulet étroit. Elle est entourée de collines de 50 m de haut joliment boisée de cohihués, de mousses et de calafate. Nous sommes aux pieds des Andes que les dépressions successives venues de l’ouest doivent contourner par le sud. D’habitude les fenêtres entre deux dépressions durent 48 heures ce qui laisse le temps d’avancer d’un abri à l’autre. Or ces derniers jours l’espace n’est que de 12 heures, pas assez pour franchir au près contre le vent Brecknock distant pourtant de seulement 50 milles. Nous attendons depuis 5 jours la fenêtre idéale. Elle devrait enfin se présenter dimanche.

 

 

 

Mais d’ici là nous arrive de l’ouest le pire des coups de vent: 45 kt sur les grib, rafales à 60 kt, sans compter les williwaws. Les williwaws sont un effet de site particulier aux côtes Patagoniennes du Chili. Ils se forment lorsque les vents violents d’ouest arrivent sur les reliefs de l’archipel Chilien, en créant dans les criques des mouvements tournants de force et de vitesse très élevés, et en levant des tourbillons d’eau ou de neige fondue qui peuvent masquer la côte. La durée du phénomène est de 8 à 10 secondes, rarement une minute, les rafales peuvent dépasser la vitesse de 100 kt.Et donc la matinée a été passée à préparer le bateau au pire. Tout a été rangé sur le pont et solidement amarré,.les amarres à terre ont été renforcées.Pour limiter le fardage, nous avons descendu le Yankee, et l’avons plié sur le pont et emballé avec des rabans comme un roti d’aloyau, que nous avons solidement attaché au balcon. La baston arrive ce soir à 18h. »

14 février : bonne fête à tous les amoureux

Position inchangée, sur Isla del medio dans le cabal Balleneros: 54° 48′ S, 70°57′ W, 998 hPa, rafales à 43 kt dans le mouillage. La situation devrait s’arranger à partir de dimanche. En attendant bonne fête à tous les amoureux.

13 février : sur les traces de Joshua Slocum

Emmanuel : « Toujours en attente d’une fenêtre météo, bien abrités dans isla del medio dans le Canal Ballenero, nous assistons au passage des coups de vent venu par l’ouest buter sur la cordillière des Andes pour glissser ensuite vers le cap Horn. Pour franchir le canal Brecknock afin d’embouquer le canal Cockburn vers le nord, nous attendons pour notre petit bateau, un vent pas trop violent et mer pas trop formée afin de franchir au près serré le canal Brecknock.

26 isla del medio.jpeg

Bloqué au même endroit, Joshua Slocum, en 1896, sur le Spray, premier à boucler le tour du monde en solitaire, sur un sloop de 11,20 m, est passé par l’extérieur, par l’océan, par la Milky Way entre les îles Furia, un récit impressionnant : alors qu’il s’était éloigné de la côte à la tombée de la nuit, il s’est trouvé devant le terrible rugissement de brisants pas loin de l’étrave, voulant s’en écarter, il faisait route sur un autre et encore un autre, sous la grêle et la neige fondue. Le pire cauchemar de sa vie. Il a fini par s’en sortir au lever du jour par miracle, peut-être la main de Dieu, raconte-t-il, en découvrant qu’il s’agisait de brisants formés par une mer énorme venue de loin sur une myriade de rochers à peine submergés, qui ont menacé de l’engloutir pendant la nuit. L’endroit porte le nom sur les cartes de Milky Way de la mer, appellation qu’il a donnée dans son livre « Sailing alone around the world ». Après un tel récit, il n’est pas question pour nous de passer par l’océan, nous préférons le canal, quitte à patienter un peu. »

12 février : pato vapor et caranca

position: 54°48′ S, 70°57′ W, 1008 hPa, à l’abri dans islas del Medio, canal Ballenero, rafales à 38 kt au mouillage.

Emmanuel : « En attente d’une météo favorable pour franchir Brecnock. Pour l’immédiat et les jours suivants, ça ne passe pas : vent de face N/NW 30 kt rafales à 40. Patience..
Nous sommes bien abrités dans une anse entourée d’arbres, dont l’entrée en goulet entre les rochers ne dépasse pas 8 m, notre largeur est de 4,30m. Nous passons la journée en compagnie d’un couple de pato vapor (brassemer cendré) et d’un couple de caranca (ouette marine).

canards vapeur
Le brassemer cendré fouille les algues avec son bec orangé vif, se nourrit de crustacés et de petit poissons qu’il attrape en plongée, il est méfiant, ne se laisse guère approcher, ses ailes sont trop courtes pour voler, mais elles lui servent à ramer à toute vitesse, les sprint dépassent les 10 kn.

L’ouette marine mâle est toute blanche, avec bec noir, la femelle gris foncé avec jolies plumes striées sur les flancs. Les deux couples semblent se partager en exclusivité la petite anse où nous sommes abrités.

C’est aussi le moment de confectionner de nouvelles manilles textiles en dyneema, aussi solides que l’acier. Nous les couplons à des anneaux antal afin de les installer dans les cuningham de la chute de GV pour faciliter la prise de ris automatique. Et enfin, Arnaud a copié 30 films sur un disque dur sur le voilier Shana (Pierre-André et Joelle) au Micalvi . Hier nous avons regardé Big Fish de Tim Burton, et un film argentin: les nouveaux sauvages. »

11 février : coincés pour quelques jours au milieu du Balenero

position: 54°48′ S, 70°57′ W, 1024 hPa, vent grib W 25 gust 35 kt, vagues.3,5 m, amarrés dans l’isla del medio dans le canal Balenero.

Emmanuel : « Le Canal Balenero est ouvert sur la Pacifique dans sa portion ouest, nous ne passerions pas au près à contre courant par mer formée, nous sommes obligés d’attendre deux jours abrités au mouillage: lecture, cinéma, Scrabble, et bonne cuisine vont nous occuper les prochaines 48 heures.

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C’est le capitaine Fitz Roy (sur le Beagle avec Darwin) qui a donné le nom de Canal Balenero en 1830. Il comémore le vol d’une baleinière par les indiens Yamana à proximité du cabo desolacion sur l’île basket où s’était rendu le maître d’équipage Matthew Murray, pour repérage et pour faire de l’eau. Pour revenir sur le Beagle, il a réussi à construire une barque en forme de panier (d’où le nom île basket) à l’aide de paille et d’argile, et à rejoindre sain et sauf le navire sur ce frêle esquif en deux jours. Pour récupérer sa baleinière, Fitz Roy décide de prendre en otage 9 femmes et un enfant de 9 ans capturés sur l’île Burnt, en espérant que les indiens Yamana de la même tribu viendraient négocier. Que nenni ! les femmes se sont échappées, en laissant l’enfant. Celui-ci a été baptisé Fuegia Basket et emmené en Angletterre. Et pour finir la baie qui a étcé le théatre de ces premiers échanges entre blancs et indiens a été nommée Seno Ladrones: baie des voleurs. »

10 février : le glacier de los fotografos

Position : 54°49′ S, 69°40′ W, 1001 hPa, vent 21 kt W (dans l’axe du canal de Beagle). GV 3 ris + moteur.

Emmanuel : « Il fait nuit de 22h à 5h30, les cartes étant erronées, il n’est pas possible (et même interdit) de naviguer de nuit. Les abris pour passer la nuit sont nombreux et bien répertoriés dans le guide de Giorgio Ardrizzi. Hier nous avons franchi la moraine qui barre l’entrée du Fiordo Pia aux pieds de la Cordillera Darwin puis pénétré jusqu’au fond du Brazo interieur dans lequel se jettent le glacier Romanche, le glacier Pia, et tout au fond le glacier de los fotografos, en slalomant entre les bourguignons ou en les poussant de l’étrave pour passer. De temps à autre des morceaux de glacier se détachent dans un bruit de tonnerre en envoyant à l’eau des icebergs bleu topaze millénaires. Puis nous avons installé notre mouillage dans caleta Beaulieu, face au glacier Pia.

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Le mouillage précédent était très différent, dans une crique entourée d’une forêt primaire impénétrable. La plage est bordée d’arbustes, en particulier une sorte de laurier qui donne un petit fruit riche en vitamine C, un buisson épineux qui donne le calafate (une baie noire dont le goût rappelle celui du croque-poux de nos jardins), et dans l’herbe un celeri délicieux, lui aussi riche en vitamine C. Quand Magellan a du attendre un mois dans la baie des sardines, son équipage s’est gavé de céleri et en a emporté des provisions. C’est ainsi que durant la traversée du Pacifique, qui a duré trois mois, il n’ a eu « que » 9 morts de scorbut, ce qui a permis de mener à bien son expédition. »

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9 février : le braso noroest de l’île Gordon

Nous allons passer par son Braso noroest, au dessus de l’île Gordon, après avoir contourné l’isla del Diablo (nom donné par Fitz Roy à cause d’un hibou que ses marins ont pris la nuit pour le diable). Nous allons passer la nuit bien abrités au mouillage dans la Caleta Olla. »

Position à 9 heures ce matin (heure locale) : 54°58′ S, 68°03′ W

pour repérer leur route dans ce dédale : mapcarta

NB : pendant tout le parcours dans les canaux, Emmanuel peut me communiquer des messages écrits par satellite, mais pas de photos : j’illustre donc ce passage dans les canaux par des photos tirées entre décembre 17 et mars 18.

photos Hélène en décembre 2017 : la Caleta Olla

caletta Olla

8 février : Un galop d’essai de 40 milles

Emmanuel : « Male cuncta ministrat impetus« . C’est du latin, ça veut dire pas d’impétuosité, un bon conseil de Montaigne, un grand maître à penser, tout en lucidité, tolérance et liberté. Paul de « Makita », est mécanicien, il navigue en famille: Spitzberg, passage du Nord-ouest, cap Horn, son avis sur notre moteur est rassurant. De même celui de Marc, mécanicien, et ceci après avoir examiné la bête dans le détail. C’est décidé, le départ est donné, « prêt et entier pour une nouvelle entreprise ». Nous avons quitté le Micalvi, et sa légendaire et chaleureuse entr’aide entre marins, ce matin à 7h30.

27arc en ciel

Un galop d’essai pour première étape, en remontant sur 40 milles le Canal de Beagle, avec l’idée d’aller passer la nuit dans la Caleta Olla.

Nous progressions contre le vent en direction de l’île Gordon. Patrick Jeandidier skipper du « Manamo » était amarré dans la caleta Boracho, en train de préparer un feu sur la plage avec son équipage (Rodrigo, Philippe et Daniel) pour cuire un gigot d’agneau. Quand il nous a vus passer sur l’AIS, il nous a invités par VHF à le rejoindre. Ni une ni deux, changement de route, amarrage à couple et c’est la fête, avec pour spectacle les contreforts des Andes, le Beagle argenté tout plat, les cumulus blancs bleus jaunes puis roses orangés à mesure du coucher de soleil. Après deux heures de cuisson à la flamme, le gigot était succulent, agrémenté de patates à la braise, et d’un carmenere du Chili. Pour entrée un guacamole + chips, et pour dessert une salade defruit. Un asado qui restera longtemps gravé dans les mémoires.

Position le matin : 54°54′ S, 68°34′ W

dessin et photos Hélène , décembre 2017 : le canal Beagle, vers l’Ouest

canal beagle

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7 février : l’équipe se met en place

Arnaud, Emmanuel, et Marc

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Marc (à gauche) , skipper professionnel, vient d’arriver de Rio. Et là, surprise, il tombe sur son ami Doudou (à droite) avec qui il régate depuis des années

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Marc fait un petit tour du moteur, des durites, du vétus , qui a été repositionné plus bas par Emmanuel moyennant un petit travail de menuiserie et semble moins susceptible de se désamorcer, et du guindeau, capricieux, comme tous les guindeaux, à prendre dans le sens du poil, sans surprise.

Le moteur de l’annexe a pris un bain d’eau de mer alors qu’une vague de 12 m avait couché le bateau dans le Drake. Le balcon arrière ou il est accroché s’est trouvé noyé pendant un instant pénible. Depuis, le petit moteur « tousse » ou crachouille. La grippe. Bon ; à examiner, sans stress ni psychodrame.

Arnaud est riche de son sac à dos, de sa bonne humeur, de son sourire éclatant, et c’est à peu près tout. Première préoccupation donc : trouver un équipement. Il y a a bord, en rab, une tenue de quart , un « babygro », des vêtements techniques, pour un homme de la taille d’Emmanuel, et ça tombe bien, c’est aussi la taille d’Arnaud.

Restait à trouver des bottes. Arnaud est parti en chercher dans Puerto Williams, sans trouver à en acheter. Avisant un chantier sur le bord de la route, il demande au chef s’il ne pourrait pas lui vendre une paire de bottes de seconde main, si l’ont peut dire. Pas question, je n’en ai pas d’occasion, j’en ai des neuves, tiens, voilà, et pas question de payer non plus. Un bel exemple encore de la générosité Chilienne! Arnaud, désormais équipé de pied en cap, fait maintenant connaissance avec la Laureline, en commençant par la cuisine ou il s’active de bon coeur!

Emmanuel reprend du poil de la bête. Et donc il renoue avec ses rêves là ou il les avait laissés, jamais très loin . Il ne peut s’engager dans les canaux de Patagonie sans adresser une pensée à Magellan, Darwin et Fitz Roy, ni sans saluer la mémoire des peuples amérindiens nomades qui ont vécu en Terre de Feu pendant 10 000 ans, et qui ont aujourd’hui disparu, exterminés ou affamés par les blancs qui ont détruit leurs ressources ou les ont contraints à une sédentarité incompatible avec leur survie.

Indiens Yagan dans le canal Beagle

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La mémoire de ses peuples reste vivace dans la population actuelle du Chili ou de l’Argentine ou vivent leurs descendants aujourd’hui métissés. Des fresques les représentent souvent sur de longs murs dans les rues des villes ou villages de Patagonie .

Indiens Alakaluf, à Ushuaïa

alakaluf

fresque
fresque murale, à Puerto Williams, photo Emmanuel 2018

Leur histoire est évoquée dans un livre poignant de Jean Raspail, qu’il faut lire pour comprendre l’émotion ressentie à l’évocation de leur mémoire : « Qui se souvient des Hommes » : « Ils s’appelaient eux-mêmes les Hommes. Ils étaient parvenus à cette extrémité de la terre – qui devait, bien plus tard, être nommée Terre de Feu -, au terme d’une si longue migration qu’ils en avaient perdu la mémoire. Sans cesse poussés par de nouveaux envahisseurs, ils avaient traversé un continent et des millénaires dans l’ignorance et la peur. Ils s’étaient établis là où, semblait-il, nul ne pouvait les rejoindre, tant sont cruels le ciel, la terre et la mer dans cet enfer austral…. »

6 février : Arnaud

Sur le pont du Micalvi, Arnaud, 26 ans, bateau-stoppeur, nouvel équipier de la Laureline, jusqu’à Puerto Montt, un voyage de 5 à 6 semaines.

Arnaud.jpeg

vue du Beagle
Le canal Beagle, depuis les pentes du Cerro Bandera, au dessus de puerto Williams
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