2024 : Spitzberg

La Laureline a entrepris le voyage vers le Spitzberg une première fois en été 2016, pour découvrir sous le soleil de minuit la faune et la flore du Svalbard, cet archipel norvégien baigné par la mer de Barents, la mer du Groenland et l’océan Arctique, à près de 700 km au nord du cap Nord . Le Spitzberg correspond à la plus grande ïle, à l’ouest de l’archipel, son climat y est relativement clément sous l’influence du gulf stream, contrairement au versant est, qui reste en grande partie recouvert de glace. En 2016, la banquise avait fondu au point qu’il avait été possible d’observer à la mi-juillet les morses de l’île Moffen, par 80° N, 14° ″ E , puis de faire le tour du Spitzberg en passant par Hinloppen.

Le voilier Orionde en 2023, parvenu au 79ème parallèle en juin, a dû rebrousser chemin devant les growlers échappés de l’Arctique, au niveau des îles Nordskoya, au Nord-ouest de l’archipel, ancien fief des baleiniers Hollandais.  Même si la Laureline s’engage sur ce chemin un peu plus tard en saison, il n’est pas certain que la fonte de la banquise lui permette de reproduire le circuit de 2016.

31 mai : L’équipage sur le pont à Arzal , la veille du départ

L’idée avait aussi été de pouvoir faire ce voyage ensemble, maintenant que j’ai acquis une expérience de la voile que je n’avais pas à l’époque : il faut en effet déposer une demande d’autorisation pour obtenir un permis de naviguer dans ces parages, comprenant les CV nautiques de tous les équipiers, je n’entrais pas dans le moule. Pas de chance, une chute dans l’escalier, une plaque et des vis en métal dans la cheville, des béquilles et autres raideurs, ont eu raison de ce projet en ce qui me concerne. La Laureline repart sans moi avec un équipage réduit : le capitaine Emmanuel, Serge et Marc, de bons amis tous deux solides marins et familiers du bateau.

Finalement, la consolidation des fractures a permis d’envisager un voyage prudent pour rejoindre le bord fin juin, à Longyearbyen, l’équipage ayant volontiers accepté que je ne prenne pas part aux quarts ou aux manœuvres sur le pont tant que je ne suis pas trop sûre de mon équilibre.

Les meilleures photos sont présentées sur le site Instagram de Manu

La page sera tenue à  jour en mettant en avant la date la plus récente

Le voyage s’achève en 80 jours

Le voyage à travers les mers celtiques, des Shetland à la Bretagne, son jardin préféré, fait passer la Laureline au petit matin, après une nuit éclairée par la pleine lune, entre  » un ciel amical, et une mer soyeuse », devant l’archipel où se trouve la première base de l’école des Glénans, fondée par Philippe Vianney après la guerre, avec ses équipiers et amis de la résistance , pour oublier, et accomplir ses rêves. A sa suite, apprendre, connaître, et partager, « into the wild » continue d’être le rêve de milliers de participants à cette célèbre et belle école, animée par 800 moniteurs bénévoles, tous attachants et heureux de vivre. Souvent ils partagent avec Philippe Vianney une singularité qu’ils gardent secrète, une blessure enfouie qu’ils veulent oublier, en la remplaçant par un projet et de l’action. Ce n’est pas la même chose, mais ça y ressemble et c’est amusant parce que Sylvain Tesson dans son dernier roman « Avec les fées », à l’occasion d’une rencontre avec un sergent des forces spéciales qui a été défiguré par un explosif en Afrique, fait dire à son interlocuteur : « Les blessés contractent un syndrome de l’errance. Ils veulent oublier. Ils cherchent l’explication de la chute. Relevés, ils fuient, vous voyez ? » Et bien sûr Sylvain Tesson, blessé lui même par une paralysie faciale, voyait très bien, il avait après sa chute cherché le salut sur les chemins, il avait traversé la France à pied. « On tombe, quand on se relève, il faut partir ». Un réflexe de survie peut-être commun à tous les mammifères?
Le voyage s’achève, 6350 miles nautique en 80 jours, soit 11760 km merveilleux à travers des océans pas toujours faciles, qui se termine par les paysages grandioses des mers celtiques et les rivages bretons. Il manque les Asturies, peut-être l’année prochaine ?

17 août,  traversée de la Manche

Position le 17 août 2024: 48°53’N 5°25’W, cap 173°
1018 HP
Vent 5 kt
Mer: petites vaguelettes
Houle: 1,5 m
Temps: ensoleillé
Température exterieure: 20° C
Allure et voiles: Travers, GV haute, gennacker
vitesse: 5,5 kt

Traversée tranquille de la Manche, ciel amical, courant porteur, mer soyeuse comme dirait Sylvain Tesson. Les cargos clignotent devant leur trainée blanche.

16 août : petite allure dans la Mer Celtique

Position le 16 août 2024: 51°05’N 5°34’W, cap 189°
1013 HP
Vent 10 kt
Mer: petites vaguelettes dont certaines commencent à déferler
Houle: 1 m
Temps: ensoleillé
Température extérieure : 20° C
Allure et voiles: Travers, GV haute, Génois en entier
vitesse: 4,7 kt

Départ avec la marée haute à 20 h (19 heures UTC), pour ne pas déranger les tourteaux une deuxième fois. Lieu de rencontre de toutes les météos, la mer Celtique offre aujourd’hui une petite brise, dont profite la Laureline à petite allure direction la Cornouaille.

15 août : Aberysthwyth

La Laureline bien à l’abri

Position le 15 août 2024: 52°24’N 4°05’W, cap 254°
1012 HP
Vent 30 kt
Mer: peu agitée
Houle: 0,0 m
Temps: averses
Température exterieure: 18° C
Allure et voiles: au mouillage dans la marina de Aberystwyth
vitesse: O kt

La disparition de la dorsale porteuse, remplacée par un fort coup de vent du sud ouest a obligé la Laureline de chercher un abri dans un aber du pays de Gale. Celui d’Aberystwyth est le plus proche. Son entrée n’est pas facile, possible seulement trois heures avant la pleine mer ou trois heures après, en raison d’une barre à l’entrée et une autre dans le chenal. Or il était trop tard au moment de l’approche. Heureusement la Laureline a un atout magique, sa quille relevable, réduisant le tirant d’eau de 3 m à 1m. C’est passé tout juste, à peine la place en dessous du bateau pour un tourteau. Le harbour master et notre voisine de ponton, vraiment inquiets nous ont-ils dit ensuite, se demandaient comment nous avions fait sans échouer.

14 août le vent portant s’épuise et tourne mal

photo de l’entrée de l’aber, publiée sur le site d’Aberyswyth
CREATOR: gd-jpeg v1.0 (using IJG JPEG v80), quality = 82?

Position le 14 août 2024: 52°44’N 4°46’W, cap 138°
1017 HP
Vent 2 kt
Mer: peu agitée
Houle: 0,5 m
Temps: ensoleillé
Température exterieure: 17° C
Allure et voiles : moteur 1750 t/mn GV 3 ris
vitesse: 4,9 kt

Pas de chance, la dorsale a fait pschitt, elle devait porter la Laureline tout droit en Bretagne, mais elle a été bousculée par un sud ouest costaud, qui vient ce soir et demain occuper toute la mer celtique et le Saint Georges Channel: un barrage dur dur à franchir. Décision est prise de chercher un aber en pays de Galles pour s’abriter, et patienter dans l’attente de vent favorable.

Bartsey Island, Pays de Gale : un paradis pour les phoques, les fous de Bassan et la fulmars

13 aout Bientôt le vent d’ouest

des tâches de lumière dans les nuages au dessus de Rathlin

L’apparition de plages de lumière dans le ciel nuageux et rafaleux des Hébrides, la remontée du baromètre, les rafales elles même, sont la triade signature de l’arrivée imminente du front froid, avec rotation du vent à l’Ouest. Dans cette perspective, il a été jugé préférable de ne pas s’arrêter à Port Ellen, ou la Laureline se serait trouvée piégée par la violence du vent. Traversée donc vers Rathlin, au Nord de l’Irlande, puis tourner autour de l’île et apercevoir la chaussée des géants, puis récupérer le vents d’ouest et descendre vers l’île de Man et la Mer d’Irlande.

12 août en attendant la dorsale anticyclonique

Position le 12 août 2024: 56°26’N 5°32’W, cap 213°
1008 HP
Vent 32 kt
Mer: peu agitée
Houle: 0,5 m
Temps: ensoleillé
Température exterieure: 18° C
Allure et voiles: motor sailing à 20° du vent
vitesse: 4 kt

Après mûre réflexion, La Laureline est le seul bateau à repartir en mer dans l’eau salée, son milieu naturel, nos compagnons d’écluse préférant rester à l’abri. La dernière écluse a été en effet assez technique, l’enjeu étant de négocier un vent latéral en rafales assez costaud qui collait la coque à la paroi en pierre, finalement franchie sans une égratignure.
Question météo, deux dépressions au large de l’Ecosse se dirigent vers la Norvège en donnant pour le moment du sud (de face) pendant une douzaine d’heures, en mollissant, mouvement qui devrait permettre d’aller récolter ensuite (aux alentours du North passage) le front froid et son vent d’ouest (porteur pour aller au sud), suivi de la dorsale anticyclonique qui devrait offrir son vent porteur entre l’Irlande et l’Angleterre si Eole tient ses promesses.

11 aout dans l’attente des dernières écluses

Position le 11 août 2024: 56°50’N 5°05’W, cap 13°
1004 HP
Vent  0 kt
Mer: calme
Houle: 0,0 m
Temps: ensoleillé
Température extérieure : 21° C
Allure et voiles: au mouillage à Banabi en attente des dernières écluses
vitesse: 0 kt

Inauguré en 1804, le canal calédonien comporte 29 écluses qui montent le niveau de l’eau à 32 m, et offre sur 70 miles un spectacle champêtre entre les collines, les élevages d’ovins et de bétail, et les forêts de pins, bouleaux, et châtaigniers. Du calme et du bonheur toute la route.
en arrivant à la dernière série de neuf écluses descendantes, un Bénéteau de 44 pieds de pavillon Norvégien est sorti de l’écluse en marche arrière,  parce que tout en bas le pont routier tournant qu’il faut franchir aussi, est en panne, il a été contraint de tout remonter. Des ingénieurs ont été dépêchés de Glasgow pour le réparer au plus vite, cela pourrait prendre deux jours selon l’éclusier venu nous expliquer.
Ce n’est pas grave, car les fichiers de predictwind annoncent pour les deux prochains jours un sud ouest à 30 kt qui fait barrage, suivis d’un vent favorable. Tout va bien dans le meilleur des mondes.

10 aout Inverness et l’ancre dérape

Position le 10 août 2024: 57°18’N 4°27’E, cap 199°
1008 HP
Vent SW 34 kt
Mer: peu agitée
Houle: 0,5 m
Temps: nuagé
Température exterieure: 18° C
Allure et voiles: vent debout, moteur 1800 tour/mn
vitesse: 3,9 kt

9 jours pour les 1270 nM de Tromso à Inverness, soit une moyenne de 6 nM par heure, où se mélangent des journées à 9 kt, et des jours misérables à 4 kt au prés serré. Finalement tout est dans la stratégie, il fallait absolument aller vite et faire du sud afin de ne pas se faire cueillir par l’ouest qui attendait la Laureline à l’approche de l’Ecosse et qui aurait bien voulu nous envoyer tout en haut des Shetland, bien loin de l’objectif. Les 35 kt de face étaient bien au rendez-vous dans les dernières heures, de manière à envoyer à l’équipage ses shoots d’adrénaline pour ne pas manquer l’entrée dans la première écluse du canal Calédonien, dans un bateau devenu le jouet des vents et des puissants courants de marée.
Et puis soudain, entre deux écluses, au milieu des fleurs, des arbres et de la verdure, des promeneurs avec leur chien et des joggers, c’est le grand calme sur une eau plate. Pas lavés depuis neuf jours, la première douche dans la marina est un plaisir suprême, qui fait penser à Epicure: il enseignait la sobriété heureuse. Se régaler avec du pain et de l’eau quand on a si faim et si soif, ce qui n’empêche pas de temps à autre les bons festins, encore mieux appréciés.
Arès quelques tâtonnement la tactique des écluses commence à être bien au point, voilà la Laureline aujourd’hui au centre de l’Ecosse, entre pâturages et collines verdoyantes, un spectacle inédit. Comme par hasard, le vent souffle encore à 35 kt de face, décision est prise de jeter l’ancre dans un petit renfoncement boisé, par 5m de fond, pour déguster un bon steak et des pommes de terre rissolées à l’ail, honnêtement, il n’y avait pas que de l’eau à table. Mais voilà, force est de constater que le loch Ness est très profond, plus de 100 m, et que les berges tombent à pic, l’ancre a décroché à notre insu pendant les agapes, pendant dans le vide à la proue d’un bateau à la dérive, qui a parcouru tout seul 2 miles pendant le repas, pas loin des rochers au moment du dessert. Ouf! les choses ont été rattrapées à temps, encore une bonne leçon à retenir.

8 aout : à l’ouest! méridien de Greenwich franchi

Position le 8 août 2024: 58°03’N 1°02’W, cap 272°
1004 HP
Vent S 12 kt
Mer: agitée
Houle: 2 m
Temps: ensoleillé
Température exterieure: 18° C
Allure et voiles: Prés serré babord amure à 40° du vent GV haute et genois en entier

La mer se calme un peu, le vent aussi, permettant de renvoyer de la toile à une allure confortable, avec des ajustements fréquents au gré des vents fantaisistes, quelqu’un leurs a sans doute jeté un sort. Est-ce un hasard si l’endroit s’appelle Witch bank, le banc de la sorcière? Un banc fleuri par des plates formes pétrolières, où s’animent cargos et hélicos, et des flottilles de gros bateaux de pêche. Le banc d’à coté s’appelle d’ailleurs Little Halibut bank.
Cette nuit, la Laureline est passée à l’ouest, Invernes n’est plus qu’à 100 nM à vol d’oiseau, un peu plus en tirant des bords.

7 août Une cocotte sur l’évier

Position le 7 août 2024: 58°37’N 2°32’E, cap 251°
1007 HP
Vent S 18 kt
Mer: agitée
Houle: 2 m
Temps: ensoleillé
Température exterieure: 18° C
Allure et voiles: Prés serré babord amure à 40° du vent GV haute et trinquette
vitesse: 4,6 kt

La dépression en cours sur la zone Utsire, forties, viking et comarty, est moins étendue, se déplace plus lentement, se creuse moins, que la suivante en cours de formation sur l’Atlantique. Elle a le défaut de venir s’écraser en se renforçant sur les côtes de Norvège, de couleur grenat sur les fichiers, mais sur une bande limitée à 50 nM environ franchissable en moins d’une demi journée. Au prés bon plein sous trinquette et deux ris, la solide petite Laureline a foncé tout droit à 9 kt dans les creux de 2,5 m, semblant sauter parfois d’une vague à l’autre, ce que n’ont pas apprécié la cocotte minute et la bouilloire qui ont décidé de quitter le réchaud où elles étaient fixées pour atterrir sur la table de dégagement de l’évier, heureusement sans dégât. La VHF a crachoté ses « gale warning » et transmis un pan pan pan d’un voilier en difficulté pour lequel est sortie la puissante vedette search and rescue de Stavenger.
Le coup de vent a fait place maintenant, après de belles averses pendant la nuit, à une bonne brise ensoleillée,. La course du bateau est remontée au prés serré, de façon à anticiper la rotation à l’ouest qui ne va pas manquer demain à l’approche des côtes de l’Ecosse. Le moral est excellent, l’équipe est au top.

6 août fenêtre météo

Position le 6 août 2024: 59°40’N 5°21’E, cap 222°
1012 HP
Vent SW 17 kt
Mer: peu agitée
Houle: 1 m
Temps: nuageux
Température exterieure: 19° C
Allure et voiles: moteur GV 3 ris
vitesse: 5,1 kt

A force de descendre dans les fjords, une étroite fenêtre météo semble s’ouvrir pour gagner l’Ecosse au près bon plein, une opportunité à saisir. La Laureline pointe son étrave vers l’ouest et sort ses voiles babord amures pour traverser la mer du Nord entre la Norvège de fjord et l’Ecosse

5 août dépression entre les Shetland et les Feroe

Position le 5 août 2024: 60°59’N 4°45’E, cap 174°
1012 HP
Vent W 16 kt
Mer: peu agitée
Houle: 1 m
Temps: nuageux
Température extérieure: 17° C
Allure et voiles: moteur GV 3 ris
vitesse: 4,2 kt

Gagner l’Ecosse relève du casse tête quand le centre de la dépression à 990 hP se situe entre les Shetland et les Féroé autour de laquelle les vents tournent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre en générant un coup de vent (gale) force 8 soit 34 à 40 kt et la mer qui l’accompagne avec des creux de 3 mètres durs à franchir. La route sud est impraticable, l’ouest semble faisable. La zone à traverser est appelée « forties » dans les bulletins météo, à côté de Utsire, Viking et Cromarty.

L’option choisie pour le moment est de descendre au moteur contre le vent dans les canaux sous la protection des petites îles et de se lancer vers le sud ouest lorsque l’angle avec le vent et surtout l’état de la mer paraitra moins défavorable en espérant ne pas se faire emporter aux Féroë ou en Islande. C’est maintenant ou jamais qu’il faut prier, ça va chauffer..

4 aout : un escargot à 1800 tours / minute

Lever de soleil sur le cercle polaire

Position le 4 août 2024: 63°02’N 6°49’E, cap 215°
1008 HP
Vent W 98 kt
Mer: peu agitée
Houle: 1 m
Temps: nuageux + averses
Température exterieure: 17° C
Allure et voiles: moteur GV 3 ris
vitesse: 5,5 kt

O combien de marins combien de capitaines, partis joyeux pour des courses lointaines, combien se sont évanouis, dure et triste fortune, dans ce morne horizon, par une mer sans vent, par une nuit sans lune, à 1800 tours minutes au moteur volvo  en avançant à la vitesse d’un escargot. (Victor Hugo appréciera). Mais patience, le vent va arriver, pas de chance dans le mauvais sens, et un peu trop violent force 8 pour le franchir sans dommage de face, direction l’Ecosse. La Laureline va devoir se mettre aux abris le temps d’attendre les vents favorables, patience…

3 aout De l’autre côté du cercle polaire

Position le 3 août 2024: 65°05’N 9°21’E, cap 255°
1010 HP
Vent NW 9 kt
Mer: peu agitée
Houle: 1 m
Temps: ensoleillé
Température exterieure: 17° C
Allure et voiles: moteur GV 3 ris
vitesse: 5,9 kt

Svolvaer
Nusfjord

Seule au milieu de l’horizon, la Laureline a franchi cette nuit le cercle polaire, en traçant sa route vers le sud portée par les vents de l’anticyclone qui virent maintenant à l’est en mollissant à mesure de la descente : Fini le soleil au nord à minuit, la lumière s’évanouit désormais quelques heures sous la ligne d’horizon, les feux de route sont allumés, les lampes frontales ressorties. Plus bas une dépression fait barrage, il faudra trouver refuge pour quelque temps dès lundi.
La journée d’hier par le chemin des fjords a commencé par Andenes, le royaume des cachalots, deuxième mammifère le plus grand de la planète, heureusement survivant aux massacres pendant 3 siècles. Pas vu cette fois-ci, seulement imaginé en pensée, merci à Herman Merville et à Darwin qui ont fait prendre conscience que les animaux peuvent aussi avoir des sentiments. Ensuite le Trollfjord, et ses à pics de 1200 m habités par des aigles noirs, puis Svolvaert, port de pêche à la baleine qui alimente les supermarchés de l’ensemble de la Norvège, et pour finir Nusfjord au bout des Lofoten, charmant petit port de pêche à la morue qui conserve ses hangars jaunes ou rouges sur pilotis, devenu pèlerinage touristique, la pêche à la morue se pratiquant maintenant sur des usines flottantes de 80 m de long groupées en flotille, sur le trajet de migration annuel des cabillauds.

2 août En passant par les Lofoten

67°22’N 12°21’E, 1016 mbar, WNW 15 kt, 16°C, GV 1 ris, génois 1 ris, vitesse : 7kt

A cette latitude pourtant encore au nord du cercle polaire, le soleil hésite déjà à passer sous l’horizon.

31 juillet Amarres larguées à Tromso

Au bout du ponton des visiteurs, un sauna accueille ses clients toute la journée sur réservation. Installé sur une barge flottante, il permet de s’offrir en 1 heure 3 séances de 12-15 minutes à 83°C, tout en contemplant les arrivées de bateaux par de larges baies vitrées, et le petit périmètre d’eau de mer ou il est d’usage de se rafraîchir entre chaque session sous la protection de bouées orange. Pour les plus audacieux; un plogeon depuis la plateforme permet de rajouter un défi supplémentaire. C’est euphorisant, avant un dîner d’adieu à Tromso dans un délicieux restaurant spécialisé dans les poissons.

Ce 31 juillet;, il est temps de larguer les amarres et de pointer l’étrave vers l’Ecosse.

29 juillet Oiseaux de Bjornoya

Ce temps de pause à Tromso est utilisé pour de menues réparations et pour le tri des photos. Les plus belles sont sur le site instagram de Manu . En absence de vent et de brouillards, Bjornoya a offert une rare journée ou la mer est lisse sous le soleil : le photographe s’est alors appliqué à recherche des effets de miroir avec des fulmars qui rasent l’eau du bout de l’aile.

26 juillet Tromso

Tromsø marque le retour à la civilisation.  Ville universitaire animée,  fréquentée par de nombreux touristes venus en bateaux de croisière ou en petits équipages de voiliers . C’est un bon point de rendez-vous pour renouveler les équipages et faire la transition entre Svalbard au Nord et le continent au Sud. Petits restaurants,  bars, la cathédrale des glaces et un petit musée de la vie dans le grand Nord,  des trappeurs aux explorateurs des pôles partis de cette ville : Nansen et Johansen fin XIX, Amundsen début XXème, qui ont jalonné l’arctique,  repéré le pôle Nord  après avoir survolé le pôle Nord en ballon dirigeable. Leurs efforts ont permis à la Norvège de revendiquer en 1920 la propriété du Svalbard et d’y réguler la chasse aux rennes, presque disparus en 1925, aux baleines,  phoques et ours blancs. Amundsen est aussi celui qui a gagné le premier le pôle Sud en 1911. Il disparaît en juin 1928 en participant à une mission de recherche en avion, partie de Tromso vers le nord.

25 juillet Sandness

la distance entre Torsvag et Tromsø est d’environ 60 miles ; le chemin a été coupé en deux,  pour profiter d’un lent retour  à la civilisation,  en s’amarrant à Sandness, une petite marina recente accrochée au bord d’un fjord . Un ponton de tubes en plastique noir, raccordé par une passerelle en aluminium à la large terrasse en bois d’une construction grise, presque déserte. Un trio de sternes criardes s’est approprié la terrasse, cherchant repousser les intrus à grand renforts de kek kek kek. Ce mouillage est répertorié sur Go Marina, qui permet de payer la nuitée par internet sans rencontrer personne.  Un bar restaurant fait partie du complexe,  qui accueille des clients locaux.  Les maisons sont égrenées le long du rivage,  distantes les unes des autres et reliées par une route, sans qu’on distingue d’églises ou de villages, ce genre de bâtiment hospitalier semble rare. Le décor est grandiose, fait de montagne et d’eau, de nuages et de lumière.  Dans la.nuit, un vent très localisé à 25-30 nœuds dans l’axe du fjord, laissant indifférent les peupliers l’autre rive.  En larguant les amarres,  le bateau a retrouvé un calme plat en quelques encablure. La température de l’air, proche des 20 °C est surprenante : il n’est plus nécessaire de taper sur le fond des bouteilles d’huile d’olive pour l’extraire , les pulls sont remplacés par des T shirt pour reprendre la route de Tromsø,  en profitant de paysages magnifiques des larges fjords et des montagnes qui s’y reflètent.

24 juillet Torsvag

position : 70 14N, 19 30

La traversée est maintenant terminée, la Laureline se pause dans un petit port de pêcheurs à Torsvag. Le vent s’est complètement arrêté, après avoir porté le bateau pendant une quinzaine d’heures à bonne allure en soufflant d’ouest, sous une pluie battante, et par une mer peu formée. Le choix de ce petit port est du à sa réputation dans la pêche au halibut (flétan), mais il semble bien peu actif ce matin sous le crachin insistant. Silencieux, mis à part de charivari des mouettes tridactyles, les bateaux de pêches alignés le long des pontons ne semblent pas prêts à prendre la mer. Un habitat dispersé alentour, sans église ni café, les quelques personnes croisées sont restées indifférentes à notre présence, un homme a détourné le regard, que l’œil du clinicien a vu veiné de rouge, marqué de jaune, témoin d’un alcoolisme bien installé. Comment y échapper dans une ambiance aussi morose? le ciel semble vouloir se soulever, dévoilant un superbe relief alpin dans les alentours.

23 juillet : calme plat à Bjornoya

Marc tente une tenue lègère
roqueries de guillemots et fulmars

22 juillet Bjornoya, l’île de l’ours

Arrivée hier soir dans la brume grise et un 5°C qui évoquait une atmosphère de Toussaint, la Laureline s’est réveillée ce matin avec un soleil de Pâques à Belle ile en mer : ciel bleu pâle, mer bleu soutenu, les roches stratifiées de l’île se découpent dans une lumière généreuse. L’ancre a été posée par 5 m de fond devant la station météo, au nord  de l’île de l’ours. Le garde côte était là, qui a demandé à retarder un peu la manœuvre de mouillage, occupé qu’il était à livrer du fuel avec un long tuyau tiré vers le rivage.

Livraison annuelle à Bjornoya

Pour alimenter le groupe électrogène de la station météo, il faut ainsi livrer 250 000 L de carburant. La station fonctionne à l’année avec un équipage renouvelé deux fois par an. Aujourd’hui, il continue sa livraison par les denrées nécessaires pour 1 an de fonctionnement. Une jeune femme cuistot a néanmoins pris le temps de quelques échanges avec nous, envisageant même en rêve de repartir avec le voilier : elle est là depuis 8 mois et le temps lui semble long. Une autre jeune femme, responsable des relevés qui alimenteront les prévisions météo, accepte d’ouvrir la petite échoppe ou sont vendus quelques souvenirs de l’île, aux très rares visiteurs de l’île. T-shirt, bonnets à l’effigie de l’île, à condition de pouvoir payer en NOK, car il n’y a pas assez de clients pour amortir un terminal de paiement.

Tout autour c’est l’effervescence : la population de l’île, habituellement de 5 personnes, s’est vue multipliée par l’équipage du garde côte occupé aux va et vient dans la baie, les 4 membres d’équipage de la Laureline, et 14 équipiers d’un autre voilier ancré dans la baie voisine. C’est beaucoup pour les sternes arctiques qui surveillent les plages et un petit pont qu’elles se sont manifestement approprié. Des goélands bourgmestres sont inquiets également de ce remue ménage et n’hésitent pas à charger les intrus.

21 juillet Un vent du sud faible, de face, amène avec lui des nuages plaqués à la surface grise de la mer, enfermant le bateau dans un épais brouillard pendant de longues heures. Il faut naviguer au radar, des bateaux de pêche évoluent dans le secteur, sur des fonds de 300 m. Des fulmars se relaient autour du bateau, semblant jouer au toboggan avec les haubans et la coque, glissant dans les turbulences de la grand voile, puis au ras de l’eau, quelques battements d’ailes et retour.

Fulmar en rase motte

20 juillet,  Matin dans le brouillard depuis 7 heures, après une « nuit » ensoleillée. La Laureline longe la côte vers le sud, et la mer si plate depuis le sortie du fjord se creuse en peu, le vent change, peut être à cause des glaciers tout proches qui créent leur propre vent en sortie de Hornsund. Les mergules circulent, très actives dans le secteur, noyées dans le bleu de la mer ou de la côte montagneuse piquetée de neiges.

Cote sud du Svalbard
mergule au décollage

19 juillet Adieu à Longyearbyen

Quand le soleil descend sur l’horizon, le vent qui descend des glaciers diminue, et il ne reste plus ce soir qu’un vent synoptique léger.

Hier soir, une bière au bar des mineurs puis un dîner dans le Coal Mine’s cabin, en haut de la route, a conclu ce voyage au Spitsberg dans une ambiance estudiantine. Des rennes broutaient sur le parking de l’auberge de jeunesse « au 102 » Nyeben, ancien logement des mineurs. Arrivés au port, soirée d’adieu mémorable avec nos voisins Allemands ou Polonais de Polaris, un voilier qui a accompagné la Laureline de loin en loin depuis Tromso.

Au bar des mineurs, à Longyearbyen

Un peu mal aux cheveux ce matin pour ceux qui ont voulu tout gouter des alcools amenés par les uns ou les autres. Le ponton de Longyearbyen est très actif ce vendredi. Les clients de la semaine prochaine arrivent demain, ceux qui terminent plient bagages, les livreurs viennent faire les pleins de vivres pour les prochains voyage, les bateaux sont astiqués, et comme tous les jours, un bateau de croisière monstrueux est au ponton qui libère des flots de passagers curieux de tout ce remue ménage au milieu de bateaux surprenants.

La Laureline s’engage ce soir vers le Sud, en prévoyant un arrêt à l’île de l’ours, à peu près à mi parcours sur la route de Tromso : 4 jours de mer pour traverser la mer de Barents, environ 550 Miles en route directe. A trois heures ce matin du 20 juillet, calme plat. Le moteur ronronne et les sommets enneigés défilent à babord.

Adieu Longyearbyen

17 juillet : Prins Karl Forland

De retour vers Longyearbyen, en coupant la route monotone en deux : pas de vent, ou alors du Sud, c’est tout au moteur. Très peu d’animaux, à part quelques mergules, et des fulmars qui viennent frôler les haubans puis l’étai et la proue, avant de virer sur l’aile et descendre vers la mer, leur petit corps musclé au ras de l’eau, les ailes tendues en croix, filant vers les montagnes.

Température extèrieure à 5°C, pas de glaçons dans le secteur, les flancs des montagnes brunes paraissent tristounets, le barreur se borne à une sortie de temps à autre et à la surveillance des écrans ou paraissent les rares bateaux qui croisent entre la côte ouest de l’île du Prins Karl. C’est peut-être une erreur,  le voilier Polaris a croisé un ours à la nage à 300m du rivage, entre le Foreland et la côte ouest.

Glaciers de PrinsKarl Forland

Le mouillage choisi , Selvagen, était l’une de ces piscines rondes creusées par les glaciers aujourd’hui retirés dans les hauteurs, avec un fond de sable et de vase très pentu, passant très rapidement de 50m à 2m, sans signe avant coureur en surface. « A mouiller 10 mètres », bruits de chaines, « 20 mètres », bruits de chaînes encore, « et la main de fer ».  Silence quand le moteur se tait, et que se termine le rituel de fin de journée en mer.

15 juillet : London, Ny Alesund

London est une petite baie quadrangulaire peu profonde, ou subsiste encore une cabane bien entretenue pour les douaniers, et les restes des installations d’un anglais farfelu qui avait rêvé d’extraire du marbre des entrailles de cette île friable.

Une vielle locomotive à vapeur, un vieux treuil, une grue de chargement achèvent de pourrir là. L’ancre a été jetée par 3 m de fond , côté est du plan d’eau, pour se protéger du vent. Promenade à terre pour chercher des sujets à photographier, voir la vue sur le fjord, les glaciers, Ny Alesund en face, les bateaux qui arrivent, les petits icebergs lâché là par des glaciers qui ont nettement reculé depuis le voyage de 2016.

Le vent faible a tourné, des growlers sont entrés dans la baie en dodelinant, tout chuintants : c’est le bruit de ruissellement qui a signalé leur approche, et réveillé les dormeurs à bord. Un bon gros growler naviguait contre le flan du bateau. Crroc crrr chonk bonk crrac … de quoi se sentir dans notre coque alu comme des fourmis dans une boîte à sucre. Le bateau s’est trouvé repoussé, le growler continuant tranquillement sa route tout droit vers la plage. Un autre plus gros encore s’est échoué par 3 m de fond, à 10 m du bateau. 

La cabane, restaurer, abrite la maréchaussée qui protège le site


Le lendemain matin, la Laureline a entrepris de faire le tour de l’île Blomstrandhalvoya, pour voir vêler Kongsbreen et les autres glaciers. En 2016, le voilier avait profité du sillage d’un gros trois mats qui avait ouvert la banquise pour faire ce parcours. Huit ans plus tard, il ne reste que des petits icebergs bleus ou boueux, épars sur la surface, les flans grisâtres des montagnes ne portent plus de neige. Très peu d’oiseaux semblent habiter encore ces îles ou il n’y a plus de phoques ni d’ours. Peut-être partis après avoir dévoré les oeufs et les poussins des dernières génération d’oiseaux quand les phoques sont venus à manquer? ou bien l’été avance rapidement entre le 15 juillet et le 15 août, et les poussins sont déjà en vadrouille pour se préparer aux migrations d’automne

Le glacier a nettement reculé depuis 2016
Un growler emmène avec lui des moraines

14 juillet, Signehamna et Lilliehookbreen

Grâce aux instruments de navigation, la Laureline a pu se diriger dans un brouillard compact toute la journée, par une visibilité inférieure à 1 mile. La vigilance à la barre est rendue nécessaire par la présence de nombreux growlers trop petits pour être détectés au radar, mais suffisamment gros pour causer des dégâts à la coque des bateaux. Ils sont libérés en abondance en cette saison par Lilliehookbreen, avec des bouffées d’air glacé et humide. 

A l’approche du front du glacier, les nuages se transforment, laissant apercevoir les glaces bleues sur un immense front nimbé de brumes.

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Signehamna : Les stratus amenés par un vent de sud très faible sont écrasés sur la mer par la haute pression, et ne manifestent aujourd’hui aucune intention de s’élever, sauf a laisser par endroit apparaître le pied des montagnes, laissant à penser que l’ancre a été jetée tout un bas de ch’terril. Le fjord est néanmoins habité par quantité d’animaux, qui contredisent cette impression familière.

Des vols de gravelots pressés effleurent la surface à toute vitesse, des mouettes tridactyles assises sur un glaçon s’échangent les nouvelles, des aboiements confus résonnent quelque part dans la brume, peut être des phoques, un glaçon en forme de canard de bain dérive à côté du voilier, d’autres ponctuent de formes translucides et lumineuses la surface grise de l’eau tout autour de la baie. Des goélands passent. Plusieurs fois sur la route, le profondimètre a annoncé de fausses remontées du fond, sans doute liées à la présence de nombreux bancs de poissons, ou à des aiguilles de glace en formation dans ces eaux peu salines.

Lors de la 2eme guerre mondiale, la marine Allemande avait établi dans cette baie protégée une base météorologique, que les Norvégiens ont fait sauter en 1943. Il n’en reste aujourd’hui que quelques ruines. La journée commence par une excursion en dinghy et à pied dans la bruine glaciale, en faisant attention aux ours très intéressés par les phoques, afin d’explorer les alentours et accessoirement ramener des glaçons pour le pastis, ou, autre choix qui se défend, rester dans la bateau pour confectionner le pain frais du 14 juillet.

Le voilier dans la brume intrigue les tridactyles

13 juillet,  Smeerenburg,  Amsterdamoya

Depuis Moften, le cheminement du bateau est passé par les îlots du nord ouest, montagnes pointues, noires veinées de blanc pur, entrecoupées de glaciers vélant dans l’eau du cristal turquoise. Au milieu de cette improbable géographie, une zone de calme que les baleiniers hollandais ont baptisée Fair Haven. C’est là qu’en juin 2023, le voilier Orionde a été arrêté par la banquise.

Fair haven

Quelques miles au sud se trouve Smeerenburg, sur l’île Amsterdamoya. C’était la base des baleiniers Hollandais, au XVIIeme siecle : une moraine avance sur les eaux libres, prolongée par une plage en pente douce aujourd’hui signalée par une balise pyramidale rouge vif. Au pied d’une montagne brune, des creux dans la moraine retiennent des eaux de fontes de glaciers, indispensables ressources d’eau douce pour la « ville », très appréciée aujourd’hui par les oiseaux qui viennent y boire. Cette plage en pente douce se prêtait parfaitement à la tactique initiale des pêcheurs basques,  qui trainaient le corps des baleines tuées au harpon jusqu’à la plage pour les dépecer. L’ancre a été jetée devant la moraine, et le dinghy descendu pour rejoindre la plage ou a été bâtie cette ville, et son cimetière.

Havella devant la plage de Smeerenburg

La vie y a aujourd’hui repris ses droits : un groupe de morses serrés les uns contre les autres, un troupeau de bernaches nonettes avec leurs poussins, dans la mer les sternes infatigables virevoltent et pêchent de petites choses qu’elles attrapent en surface, comme des hirondelles capturant des moucherons.

Le voilier Havella est arrivé là aussi, échanges d’informations, une pensée pour les baleiniers devant les fourneaux de pierre ou posaient les grandes marmites de cuivre ou ils fondaient la graisse des baleines, retour au bateau. Il fait frais, les nuages descendent, le vents est presque à l’arrêt, de faibles courants de marée balayent le Danskegattet qui ouvre lur l’ouest. 

Ce matin, la journée a commencé par un passage devant Virgohamna, de l’autre côte du Danskegattet, sur l’île Danskoya. C’est de cette plage de moraines grises que sont partis en 1897 trois aventuriers, Andrée, Fraenjkel et Strindberg, à bord d’un ballon gonflé à l’hydrogène et affrété sur place. Ils voulaient gagner par les airs le pôle Nord , distant de seulement 600 miles marins (environ 1100 km). Les malheureux ont atterri quelques dizaines de miles plus loin, sur la banquise : en passant au travers des nuages, le ballon s’est chargé de glaces, puis est tombé au sol. Ils ont alors dérivé sur la banquise , ont réussi à construire un abri de glace, qui s’est  brisé , ils ont encore lutté, gagné une île et se sont nourris de phoques et d’ours pour hiverner . Leurs corps ont été retrouvés en 1930 sur l’île Kvitoya, au nord-est de l’archipel du Svalbard. Il ne reste d’eux que le souvenir de leur bravoure insensée, les débris et outils qu’ils ont laissé sur Virgohamna, et le nom Andrée, donné à une langue de terre qui pointe vers le Nord au milieu du Spitsberg.

brouillards glacés et nuages bas pour les quarts

La météo du jour, brouillards glacés, nuages bas sur l’eau, s’accorde avec la nostalgie que suscite cette triste aventure.

12 juillet Ile Moften
Ce matin, lever à 5 heures, petit déjeuner en route vers l’île Moften, réserve naturelle ou il est interdit de pénétrer en deçà d’une limite de 300 mètres du rivage en été, pour laisser tranquilles les oiseaux de mer qui y font leurs nids à l’écart des renards et des ours. Une colonie de morses y a aussi trouvé refuge au pied de la balise sud de l’île, pyramide de bois flottés peinte en rouge vermillon. 

téléobjectif 400/2,8 focale fixe avec doubleur

Comme souvent, le soleil pointe vers 9 ou 10 heures. Le vent s’est calmé, le ciel est bleu, mais la météo promet en entrée de vent d’Est pour midi. La lumière est suffisante pour photographier les morses depuis le pont du bateau en avancée lente sur la surface soyeuse de la mer, avec un téléobjectif de 400/2,8 focale fixe avec doubleur, en tirant à 4/1000ème de seconde pour stabiliser l’image malgré les mouvements du bateau. 


Aucune trace visible de la banquise, située cette année à 81° d’après la cartes des glaces, soit à 60 miles plus au Nord. Fin juillet 2016, la banquise était remontée jusqu’à 83° au Nord, et le détroit d’Hinloppen était ouvert en sa partie sud, ce qui n’est pas le cas cette année à la mi juillet : impossible donc de faire le tour complet, sauf à pousser les glaçons, et à attendre un hypotyhétique dégel.  Sans s’attarder plus, la Laureline entreprend donc son voyage retour vers l’ouest et le sud. De nouveau le ciel se plombe de nuages.

11 juillet Monacobreen et l’archipel Lerneroyane

Une accalmie du vent, les nuages qui s’élèvent et libèrent les sommets, ciel bleu et lumière, un peu de chaleur … une excursion vers le glacier Monacobreen, distant de 4 miles, s’imposait en fin d’après midi. Plutôt que la route directe, le chemin retenu passait entre les îles d’un petit archipel rocheux, Lerneroyane, ou des ours avaient été aperçus lors du voyage de 2016.

Monacobreen a reçu ce nom en  du prince de Monaco, qui a financé des travaux de relevés hydrographiques au nord du Svalbard. Ses glaces bleues s’écoulent lentement vers la mer, écrasées entre deux rangées de montagnes alignées comme les épines dorsales de dinosaures monstrueux dont les têtes auraient disparu sous la glace

Monacobreen

Entre les pics noirs, des glaces blanches resplendissent sous un ciel d’un bleu intense, et devant la mer couleur céladon, ou flottent des glaçons étincelants. Le soleil chauffe l’air qui s’élève, poussé vers le haut par l’air froid qui descend du glacier en balayant les neiges du glaciers. A l’approche du front de glaces, le vent de 25 noeuds soulevait des vaguelettes. 

Après s’être rempli les yeux de cette splendeur, le parcours du retour s’est effectué de nouveau entre les îlots de Lerneroyane en surveillant les fonds.

Et cette fois, un ours polaire! il nous tenait à l’œil depuis le haut des rochers, ou il était occupé à chercher au sol son dîner, en marchant tranquillement et souplement. Faute de phoque, on mange des œufs d’oiseaux de mer ou des poussins! un goéland bourgmestre le surveillait, dont on ne saurait dire s’il attendait des restes, ou s’il s’affligeait de voir ainsi disparaître sa progéniture. 

De retour de la promenade vers le glacier, il a finalement été résolu de changer de mouillage afin de rapprocher le bateau de la sortie du fjord, le 11 juillet au soir. Un petit port naturel est situé environ 20 miles plus loin, au pied de montagnes brunes aux reflets de sables rouges sombres, sur la rive Est du fjord : Mushamna.

approche de Mushamna

C’est une étonnante piscine d’eau cernée d’un rempart de moraines mis à part un étroit passage vers la lumière du fjord. Partout des billots de bois flottés, grand silence à part les cris des sternes. Une rivière descend de la montagne qui charrie là des boues claires et se préserve ainsi un exutoire vers la mer. Mushama assure aux petits bateaux une protection des vagues et de tous les vents : la Laureline y retrouve Havella, un vieux grément construit sur le modèle des anciens phoquiers, croisé à Tromso et à Longyearbyen. 

10 juillet Hornbaekpollen

La banquise a disparu à l’horizon et autorise sans encombre le passage ouest -est sur l’océan Arctique qui baigne le nord du Svalbard, mais là ou le calme était attendu, une brise glacée souffle de face depuis les glaciers, à 25 ou 30 noeuds, en soulevant de petites vagues qu’il faut remonter à 20° du vent au moteur pour éviter les secousses. La température a encore descendu : le thermomètre pendu au portique arrière du bateau affiche tout juste 2°Celsius, le ressenti est encore plus bas.

Tout autour du fjord, les montagnes ont été récemment poudrées de neige et restent en grande partie dissimulées par des nuages sombres. Les glaces turquoises de Monacobreen attendront de jours meilleurs, l’ancre est jetée dans Hornbaekpollen, un refuge pour petits bateaux, sorte de piscine ronde creusée dans la roche ouverte sur la lumière du fjord par un étroite boutonnière large de quelques dizaines de mètres.

La lumière lutte pour transpercer les nuages

Quelques oiseaux sont là, toujours pas de phoques.  Les bateaux de croisière présents là aussi débarquent leurs passagers tout près de Hornbaekpollen, pour leur faire voir Texas bar, une cabane de trappeur encore debout dans ce désert qui ne semble plus peuplé que de touristes et de policiers.

Quelques moments de repos ne seront pas de luxe.

9 juillet Magdalenafjord, Trinityhamna

La dépression s’est installée le 8 juillet sur le Svalbard, centrée sur la partie sud, elle enroule autour de l’archipel des vents venus de l’océan Arctique et laisse en son centre un espace de calme , opportunité pour larguer les amarres et monter vers le Nord au moteur. Malgré la bruine, le soleil de minuit se manifeste par une étroite bande orange droit devant, sous un épais manteau de nuages qui masquent les sommets des montagnes.

soleil de minuit sous les nuages

L’arrivée aux premières heures de la journée dans le fjord de Magdalena coïncide avec une tentative du soleil de soulever les nuages. Ce fjord s’ouvre sur l’ouest et s’oriente tout droit vers l’est, cerné de hautes montagnes pointues, noires et brunes veinées de blanc, séparées par des glaciers souvent bloqués derrières une barre de rochers.

Le fjord est en partie barré par une presqu’île de moraines, relevée côté mer, en pente douce côté intèrieur ou se dessine un havre bien protégé : cette configuration était idéale pour sécuriser les bateaux et traîner là le corps des baleines franches pour les dépecer et faire fondre leur graisse sur la plage.

La Laureline à l’ancre devant la plage des baleiniers

C’est la raison pour laquelle il a été baptisé du nom de la sainte patronne des baleiniers, sainte Madeleine. Ce fjord a été utilisé à partir du XVIème siècle par les baleiniers anglais, basques, ou hollandais jusqu’à disparition de la baleine franche : il n’en reste plus aujourd’hui que dans le détroit de Behring. Par la suite, il a fallu chercher d’autres espèces de baleines dont le corps ne flotte pas aussi bien et qu’il fallait donc traiter en mer sur les bateaux assez grands pour les hisser à bord. 

Dans le fond du fjord, le glacier recule, mais vêle toujours des blocs de glace fossile bleue turquoise. Des bateaux de voyageurs ne peuvent atteindre cette zone et débarquent leurs passagers vers les glaciers plus proches de l’embouchure du fjord, ou vers le terre plein qui abrite de nombreuses tombes de baleiniers, même s’il  est aujourd’hui cerné de barrières qui en interdisent l’accès. Un cabane de trappeurs a été restaurée là qui abrite la maréchaussée.

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le cheval bleu


Après un petit tour auprès des glaces bleues, La Laureline a jeté l’ancre pour quelques heures, le temps de fouler la plage des baleiniers. Des sternes arctiques y sont installées qui n’appréceint que modérément les visiteurs décidément trop nombreux, quelques mergules et des goélands ivoires montrent le bout de leurs ailes, mais nulle part on n’apercoit de phoques, dont plusieurs espèces étaient visibles en 2016. Et pas la queue d’un ours non plus.

Sterne perplexe

La pression atmosphérique remonte, ce qui signifie surtout que la dépression se déplace. La zone de vents se rapproche qui impose de décamper le soir même, pour éviter d’être bloqués là pendant plusieurs jours. En route donc vers le nord, en passant derrière l’île Amsterdam, base des baleiniers hollandais, tout en évitant les glaces bleues qui dérivent, puis vers l’Est, au portant, pour rejoindre le Woodfjorden ou débouche le célèbre glacier Monacobreen : les prévisions météo y prévoient un temps calme pour les jours qui viennent.

6 juillet,Un temps à jouer au scrabble

Une dépression est arrivée qui s’installe sur le Svalbard.  Les températures ont chuté , le vent du Nord est glacial,  il pleut dans les vallées, il neige sur les sommets, la météo parle de « near gale », et les creux de 3 m promettent l’inconfort de la Manche en février.

Les prévisions météo incitent donc à rester au chaud dans le bateau solidement amarré pour ce dimanche. Les prévisions de vent sont néanmoins compatibles avec un départ vers le nord lundi 8 après-midi, tout en prévenant qu’il y aura un risque de « wind chill and fog » : en clair, brouillard givrant.

La progression du voyage s’en trouve ralentie et il est peu probable que le bateau contourne par le nord du Svalbard pour redescendre par l’Est, ou les températures sont encore plus froides. La banquise se disloque, mais les vents ont rabattu les glaces vers le rivage nord et dans les îles de l’Est, soumises à l’influence Arctique, alors que la face ouest bénéficie d’une toute relative douceur grâce au Gulf Stream .

5 juillet,  Forlandsrevet et Ny Alesund

Le détroit entre le Prins Karl Forland et la côte ouest du Spitzberg, Forlandsrevet,  est peu employé par les bateaux, car il est rétréci par un haut fond encombré de rochers. Il faut suivre un axe précis pour le passer, et, précaution supplémentaire, relever complètement la dérive au moment le plus critique. Il est environ 10 heures du soir et Marc est à la barre.

Marc relève la dérive pour passer le goulet d’étranglement
Glaciers du Prins Karl Forland

Arrivée sur Ny Alesund à 2 heures du matin.  De petits iceberg vėlės par les glaciers ponctuent le bras de mer.

Le temps change très vite, les nuages ont envahi dans la journée tout le ciel, tandis que la température chute.

Deux heures du matin, arrivée à Ny Alesund

Ny Alesund a conservé des ruines de son passé de ville minière : des rails, un bout de train  rouillent près du débarcadère, un petit musée garde le souvenir des mineurs.

C’est de Ny Alesund que sont partis Amundsen et Umberto Nobile , avec le zeppelin conçu par se dernier, pour aller survoler le Pôle Nord pour la première fois  en 1925, avant d’atterrir en Alaska. Les expéditions précédentes (et autant d’échecs), ėtaient parties de Virgohamna, plus au nord et donc plus près du but, mais moins accessibles pour les gros équipements nécessaires à l’expédition.

L’extraction de charbon a été arrêtée à Ny Alesund dans les années 60, après des accidents meurtriers dans la mine. Les scientifiques ont désormais remplacé les mineurs en mettant à profit la position très septentrionale de cette ville qui n’est plus qu’à 1200 km du pôle Nord pour contribuer à renseigner les variations terrestres.

Les stations d’étude géodésiques à Ny Alesund

Les morses du Prinz Karl Forland

Les sanctuaires d’oiseaux de mer surveillés par le trappeur  sont situés quasiment en face d’une langue de sables qui s’avancent depuis le Prins Karl Forland vers l’étroit bras de mer qui le sépare de la côte. Exposée aux courants, cette avancée plate recueille des bois flottės en abondance et offre aux morses un refuge ou faire la sieste.

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La Laureline devant Poolepynten

4 juillet : Farmhamna, rencontre avec un trappeur

Position: 78°23’N 12°04’E, 1006 HP, Vent W 17 kt, Mer: peu agitée, Houle: 0,5 m, Temps: couvert, Allure et voiles: Largue, génois seul, vitesse: 5,2 kt

Approche de Farmhamna
La Laureline a l’ancre dans le refuge

Après une longue route de 60 miles depuis Pyramiden, en partie à la voile au portant dans le souffle du glacier puis au moteur, La Laureline a trouvé refuge dans Farmhanna, une baie bien protégée, ou se trouve la cabane d’un trappeur et ses installations pour vivre là à l’année, avec femme et enfant.

Très chaleureuse, la petite famille est venue nous accueillir à la plage, la jeune femme portant son bébé de six mois, sur son ventre dans un anorak à deux places. Ils ont acquis cette maison récemment, en relevant le défi d’assurer en autarcie une veille sur la faune et de trapper des renards polaires selon la méthode traditionnelle, avec des pièges à écrasement surveillés quotidiennement. Cette fonction est assurée à titre privé, mais dans un cadre défini par le gouvernement. Le but est de  préserver un savoir faire ancestral, plus que pour en faire le commerce : la peau de renard, même blanc, ne vaut plus bien cher.

Les contrôler représente surtout l’intérêt de protéger les canards eider, dont le duvet se vend bien mieux : le trappeur récupère les nids de duvet quand les petits sont partis. Le trappeur peut aussi prélever 30 rennes par an, qu’il vend aux restaurateurs, et pêche pour sa consommation personnelle des ombles chevaliers : ils nous ont offert une dégustation de gravelax d’omble chevalier tout à fait délicieux. En prévision de la prochaine nuit polaire, il prévoit l’acquisition de 4 à 6 chiens huskie, dont le principal rôle sera d’aboyer si un ours vient rôder. Il les nourrit de phoques, non pas les phoques annelés ni les phoques barbus, nourriture favorite des ours, mais les harbour seals, que l’ours n’arrive pas à attraper.

Le trappeur explique sa production d’électricité, clé de son autonomie
La cabane, la réserve annexe, la plateforme anti-ours

Magnifique paysage de montagne et de glaciers se déversant dans la mer, des ilots peuplés d’oiseaux de mer, des petits lacs d’eau douce ou viennent s’abreuver les animaux. Et les gens. Car bien sur, ces cabanes isolées n’ont ni électricité autre que ce qui y est produit, ni eau courante : il faut aller la chercher dans un lac voisin l’été, ou faire fondre de la glace l’hiver. Le bois glané sur les plages sert au chauffage de la cabane : il faut aller le chercher, le transporter, et le fendre en buchettes pour le poêle, à raison d’une heure de coupe pour 6 heures de chauffage.

Dégustation de gravelax d’omble chevalier « maison »

L’histoire de ce couple est cependant inattendue : Ils sont tous deux scientifiques, en psychologie, à l’Université de Trondheim,  avec des activités de recherche en collaboration avec une équipe Russe, à Saint Pétersbourg, interrompues par la guerre en Ukraine. Lui a déjà 60 ans, et derrière lui 25 ans de carrière de muscher.

Des petits renards sont nés avant l’arrivée du trappeur, qui les laisse grandir tranquilles. Les Eiders ont élu un autre site de nidification cette année !
La plage a aussi servi aux baleiniers

3 juillet : Pyramiden

En quittant Longyearbyen, direction Nord Est pour explorer le fjord Postbreen, et surtout la ville fantôme Pyramiden siuée au pied d’un grand glacier qui crée là un vent froid du Nord, rafales à 30 noeuds, et soulève des vagues qui moutonnent dans l’eau vert céladon.

un drapeau soviétique flotte en haut des ruines de la grue de chargement des bateaux
le vieux ponton tient toujours, protégé par les sternes arctiques

Fulmars boréal, mouettes tridactyles, macareux moines, guillemots à miroir, mergules, goéland bourgmestres se partagent les falaises, viennent se reposer sur l’eau par petits groupes, s’envolent avec difficulté ou plongent sous l’eau à l’approche du voilier.

Un ponton d’un autre âge, rafistolé de bric et de broc et bardé de vieux pneus, permet d’accoster entre les rafales, un peu calmées à son approche. Deux couples de sternes arctiques veillent jalousement sur l’embarcadère et kek kek kek kek kek que je pique pique pique la tête, elles en ont après Marc, descendu fixer les amarres.

vieilles barques

Un jeune homme souriant se matérialise alors, au pied de la grande grue rouillée du débarcadère. Il parle anglais avec un a cent russe, et propose de nous acceuillir dans son hôtel restaurant et de nous y emmener en bus. Il est 20 heures, et c’est bien volontiers que l’offre est acceptée. Repas de plats russes, arrosé d’une bière à l’hibiscus brassée au Svalbard à Barentsburg, l’autre ville minière Russe.

vues de l’hôtel restaurant

Un guide arrive ensuite pour faire découvrir la ville fantôme à une heure ou elle est vide, à l’exception des mouettes tridactyles qui ont colonisé les appuis de fenêtres des immeubles de briques claires. Kitiwek Kitiwek, Kitiwek !

Les appuis de fenêtre des immeubles vides servent de nichoirs à tridactyles

Les bateaux qui partaient vers la Russie avec les chargements de charbon en revenaient avec des briques, du bois, du béton, du fer, et même de la terre agricole pour les serres et la pelouse de l’esplanade.

Une ville a ainsi été batie au pied d’une montagne remplie de charbon et d’un glacier tout blanc, qui se voulait vitrine des bienfaits du communisme : école, centre culturel, cinéma, salle de danse, piscine, cantine, hôtel, ateliers mécaniques, hôpital, serres pour produire des légumes, étables pour les animaux.

Le buste de Lénine veille sur l’esplanade et le glacier

2 juillet : En route pour Pyramiden

Position: 78°19’N 15°326E, 1008 HP, Vent W 12 kt, Mer: belle, Houle: 0,5 m , Temps: ensoleillé, Allure et voiles: GV 3 ris, moteur
vitesse: 6,5 kt

Derniers préparatifs de détails, échanges avec les équipages d’autres bateaux, et voilà le départ sous un franc soleil, grand ciel bleu, vent faible et mer belle, au point que le déjeuner a été servi en terrasse. Paysage de montagnes rapées, ou la neige achève de fondre en laissant des dessins tranchés sur la roche apparemment nue, des glaciers vêlent dans la mer des glaçons à surveiller à l’approche des côtes.

Direction : Pyramiden, ou subsistent les bâtiments d’un installation russe, aujourd’hui dépeuplée, mais toujours entretenus. Les Russes y exploitaient des mines de charbon. C’est aujourd’hui une destination touristique, ou les passagers des grands bateaux de croisière sont débarqués par autocars entiers.

les roches stratifiées des falaises abritent quantité d’oiseaux de mer venus la le temps de la nidification
progression dans le fjord

1 juillet : Longyearbyen

Seul point de ravitaillement possible, et passage obligé des formalités administratives indispensables  Longyearbyen est un point de rencontre entre les bateaux de voyage ou de croisière de toutes tailles, qui s’amarent sur un quai tout neuf très bien équipé.

Les énormes bateaux de 350m de long y côtoient les petits voiliers comme le nôtre, et un mélange hétéroclite de bateaux modernes conçus pour la croisière à taille humaine et de bateaux de pêche réhabilités pour accueillir des passagers, tout en ayant conservé le charme de leurs carenes fonctionnelles et du rythme  cinématographique de leur moteurs .

La Laureline amarrée devant la centrale à charbon
Bateau de pêche construit en 1949 reconverti en bateau de croisière. Le ronronnement rythmé de son moteur est une vraie musique de film

30 juin : équipage au complet

Position: 78°13’N 15°36E, 1011 HP  Vent W 7 kt  Mer: belle, Houle: 0,5 m  Temps: ensoleillé, amarré au ponton à Longyearbyen

Partis hier après midi d’Akseloya, et arrivés tôt ce matin à Longyearbyen, après un parcours au moteur sur une mer d’huile par grand soleil, La Laureline renforce son équipage en accueillant Hélène, arrivée hier par avion.

29 juin: Akseloya et la collecte du duvet de canard Eider

Position: 77°46’N 14°37E, 1012 HP, Vent W 12 kt  Mer: peu agitée, Houle: 1,5 m, Temps: ensoleillé
Allure : GV 3 ris moteur, vitesse: 5,9 kt

Après une nuit de navigation, escale à Akseloya, là où a hiverné Jean-Louis Etienne avec Antartica, une longue île de 8 miles sur 300 m en travers du fjord de Van Mijenfjorden.

Un trappeur y a vécu 20 ans, jusqu’en 2011, pour le recueil et le commerce du duvet de canard Eider. Il reste sa cabane en bois fabriquée avec les troncs flottants venus de sibérie et une cabane en pierre.

les ours peuvent surgir à tous moments
Bois flotté de Sibérie

Une importante colonie d’eider est actuellement en couple pour la période nuptiale. Le couple ne dure que 2 mois, le mâle poursuit sa route ensuite en laissnt les femelles s’organiser à pluieurs pour nourrir les poussins et les protéger des nombreux prédateurs: renard polaire, skua, goeland bourgmestre, et même les ours polaires, friands des oeufs. la vie est dure!

C’est ici que nidifie aussi une importante colonie de Bernaches nonettes, et des sternes arctiques, fameux migrateur de l’arctique en été pour se reproduire à l’antarctique chaque année. Il défend son territoire en essayant de piquer la tête de tous ceux qui approchent, au point qu’il parvient à faire reculer les ours et les renards.


Sur la route pour Longyarbeen, les glaciers sont nombreux, un petit détour tout près entre les glaces jusqu’aux pieds du Frijovbreen par grand soleil offre le spectacle très impressionnant de toutes les games de bleus irisés, donne la mesure de la force colossale de la nature, et fait juste penser à la phrase d’Isabelle Autissier: « La Nature n’a que faire de l’homme », on se sent bien petit.

le glacier Frijovbreen

28 juin : Isblornhanna, Polar Polish Hornsund

Position: 77°00’N 15°33E, 1009 HP
Vent W 15 kt, Mer: peu agitée, Houle: 2 m
Temps: couvert, Allure et voiles: au mouillage

En entrant dans Hornund, nous jetons l’ancre devant la Polar Polish Base, qui abrite 24 personnes reliées au monde par internet et la visite annuelle du bateau de relève et de ravitaillement venu de Pologne.

L’accueil a été extrêmement chaleureux: photo de famille tous ensemble, signature du livre d’or, visite des installations, et invitation à déjeuner. Ils nous ont rassurés sur leurs réserves alimentaires en stock qui peuvent couvrir deux années, au cas où le prochain bateau de ravitaillement ferait défaut.

Ils sont chercheurs dans différents domaines: les champs magnétiques, la biologie sous-marine, l’évolution des glaciers, l’étude de la faune. Une étudiante prépare une thèse sur le comportement des mergules nains, famille des alcidés (= pingouins) en recueillant les données des puces GPS posées sur leur patte l’année précédente. Ils migrent jusqu’au Groenland en hiver et reviennent en couple fidèle l’année suivante dans le même nid au Svalbard en période nuptiale, pour couver à tour de rôle un unique oeuf.

La femelle repart en avance, et le mâle attend que le poussin soit assez vigoureux pour effectuer le voyage retour avec lui. .On recense 500 000 mergules nains au Svalbard

Les chercheurs Polonais accueillent chaleureusement l’équipage de la Laureline dans leur univers


L’accueil a été extrêmement chaleureux: photo de famille tous ensemble, signature du livre d’or, visite des installations, et invitation à déjeuner. Ils nous ont rassurés sur leurs réserves alimentaires en stock qui peuvent couvrir deux années, au cas où le prochain bateau de ravitaillement ferait défaut.

27 juin : nuit polaire Rock’ n Roll

Position: 74°49,73’N 14°11,05’E, 1004 HP, Vent WSW 20 kt, rafales 25 kt
Mer: grosse, Houle: 4 m  Temps: couvert + petit rayon de soleil bref
Allure et voiles: Prés serré à 40° du vent, GV 2 ris Trinquette arisée, vitesse: 4,8 kt


Nuit polaire rock n’roll entre 35 et 40 kt à 60° du vent pour gagner sur l’ouest avant la bascule prévue à l’approche du Svalbard, rythmée par les vagues qui viennent s’écraser sur le bateau en le transformant en sous-marin l’espace d’un instant. Le pilote automatique n’a pas chomé.
Le vent fripon, le vent maraud, le vent le vent, prend garde à ton chapeau, disait Brassens, cette chanson pourrait s’appliquer non pas au jupon de la Laureline mais à son antenne de télévision, arrachée avec son support, et perdue à jamais dans les profondeurs de la mer de Barents, laissant pendre lamentablement son fil d’alimentation en haut du mat.

En gagnant vers l’ouest, le bateau a franchi le bord du plateau continental , les vagues sont plus fortes

26 juin : Mauvais temps sur la mer de Barentz

Position: 73°00,38’N 16°28,43’W
1006 HP, Vent WSW 32 kt, rafales 38 kt, Mer: grosse  Houle: 3 m, Temps: couvert
Allure et voiles: Petit largue à 80° du vent, GV 3 ris et trinquette arisée   vitesse: 4,5 kt


Mauvais temps sur la mer de Barentz encore ce soir et cette nuit, ensuite ça devrait s’améliorer.

Les fulmars boréal s’en donnent à coeur joie au ras des crêtes

25 juin : La Laureline s’engage dans la traversée vers le Svalbard

Passées les fêtes du solstice d’été à Tromso, La Laureline s’engage dans la traversée, 2 jours après ses voisins de pontons; pendant ce temps, les réparations nécessaires de l’électronique de bord ont été assurées grâce à la compétence du concessionnaire local, et le vent est encore au Sud…. en route, des brouillards, et des glaces à la dérive à surveiller (c’est nouveau par rapport au voyage de 2016), sans compter la dépression de service qui aura forcément le temps de se manifester pendant la traversée.

petit point de la situation : position ce 25 juin à 7 h (heure de Paris -Madrid) : 70° 27′ 77 N, 19° 37′ 52 W,

Position à 14h : message du bateau

70°59,17’N 18°42,30’W, 1008 HP, Vent SW22 kt, Mer: agitée, Houle: 2,5 m, Temps: couvert
Allure et voiles: GV 2 ris et génois réduit, vitesse: 8 kt
« La journée d’hier a été consacrée à la réparation du système de navigation, et du pilote avec l’aide de Frode, l’ingénieur Furuno venu prêter main forte. Il a testé en atelier le Navnet, un ordinateur à la barre qui centralise toutes les informations, et n’a détecté aucun défaut. Ensuite il a fallu démonter la colonne de barre pour finalement découvrir un cassure presque complète  du fil d’alimentation. Quant au pilote qui se mettait en alarme chaque 60 secondes, les tests ont montré qu’il s’agissait d’un défaut de bouchon (« terminator » en anglais), une petite diode disposée à chaque extrémité du circuit de distribution de l’électronique (backbone en anglais = colonne vertébrale) destinées à absorber l’effet d’antenne produit par la longueur des fils. Il a suffit de mettre sur « off » celui du compas gyroscopique pour que tout rentre dans l’ordre. Encore un mystère de l’informatique !
Le retour à un fonctionnement normal du Navnet a permis de récupérer les informations données par le radar, essentielles à la navigation en mer gelée, car il prévient des icebergs dans la brume, et du sonar qui nous donne les profondeurs là où il n’a plus de cartographie.
Après le remontage de la colonne de barre et les tests, et un bon restau à Tromso, le départ a été donné à 21h30, sans vent et sur une eau plate dans les fjords jusqu’à la mer de Barents à la clarté du jour polaire sans fin.
Le vent est maintenant établi au Sud ouest, il devrait de renforcer en soirée, puis virer au NE le 27. De ce fait les routages de predict wind proposent de s’écarter de l’île de l’ours, de façon à se maintenir au portant.
Les pétrels boréal accompagnent en permanence le bateau, ils donnent le spectacle au ras des vagues. »

23 juin : Tromso

« Grand port baleinier pendant 300 ans, Tromso demeure le « camp de base » pour les expéditions au Svalbard. Nos voisins partent déjà aujourd’hui : le Spirit of Conrad sloop de 67 pieds, Adrien chef de bord, et le « Havella », vieux gréement sur le modèle des solides barques à deux mats utilisées pour la chasse aux animaux à fourrure, qui offre désormais trois cabines pour aventuriers, dirigé par un couple et leur fille de 10 ans, finissent les dernières vérifications avant leur départ. Tout ce beau monde se retrouvera là-haut. La Laureline doit attendre demain lundi, jour ouvrable, pour une vérification du pilote et du Navnet par JM Hansen, l’agence Furuno locale.

Bateaux en partance pour le Svalbard, et festivités du solstice , marathon de minuit


Tromso s’est aussi distinguée comme base de départ des expéditions scientifiques polaires, celle de Nansen en 1893 lui a permis d’approcher le pôle Nord jusqu’à la latitude de 85° sur le Fram, un trois mats équipé de machine à vapeur. Soigneusement préparée, l’expédition a commencé par s’approcher au plus près de la banquise : leur navire a été stoppé par la glace le 14 juillet à la latitude de 78°.


Aujourd’hui, 130 ans plus tard, de grands pack de glace mobiles barrent la route du Svalbard au grés des courants, et la barrière complète se situe entre 80 et 81° de latitude, soit environ 130 km plus au nord qu’en 1893, d’après les cartes d’Icing ». La banquise est descendue plus bas cette année, Longyearbyen (78°) était encore bloquée par la glace le mois dernier.
Nansen est un héros Norvégien, tout comme son collègue Roald Amundsen qui a été le premier à franchir le passage du Nord-Ouest, et le premier au pôle sud en 1911 (avec le même Fram) juste un mois avant Scott, son concurrent Anglais. Tous de sacrés gaillards, solidement préparés et inspirés par un esprit d’aventure hors du commun, comme celui des Vikings 1000 ans plus tôt. »

21 juin : dans le dédale

position à 8h30 : Lat+69.195700 Lon+17.956200

La Laureline progresse vers Tromsø en se faufilant dans les fjords au moteur, le vent s’est calmé.  On ne peut pas parler de canicule…. Ciel gris en ce petit matin,  les nuages de pluie ne savent plus trop quoi devenir. A l’œil comme à  l’oreille, les torrents dominent cette scène grandiose. Arrivée à Tromso vers 10 h30 ce 21 juin 2024

20 juin : grand frais au Sud des Lofoten

position à 8 heures  : 67 48 9 N, 14 17 1 W, vent 30 nœuds de Sud Est, mer agitée,  vitesse sur le fond 7,5 nœuds, tout va bien à bord, mais le pilote automatique déconne. Ce qui n’étonne pas le Capitaine. Les problèmes de pilote sont paraît il fréquents passé le cercle polaire. La Laureline est proche de la côte, au Sud de l’archipel des  Lofoten

19 juin : ça se Corse

message reçu  à 11 heures : « 9h00, pos 66 04N, 10 26N. cog 35, sog 7. vent 25 kts WNW. Mer 2m. 3 ris. Confort en baisse. Couvert.Temperature 11 C. PA 1006 hpa. tt va bien. »

Traduction  : position 66° 04′ Nord, 10°26′ W, cap 35°, le bateau s’est donc sensiblement éloigné de la côte, et se dirige nord nord est, bonne brise d’ouest nord ouest, vent de travers donc, une allure qui convient très bien à la Laureline. Vitesse sur le fond : 7 nœuds.

Mer agitée,  houle de 2 m, c’est la cavalcade,  temps couvert et température fraîche, pression atmosphérique en baisse à 1006.

Tout va bien, mais pas au point de lâcher la barre pour faire de la littérature,  il y a 3 ris dans la grand voile, la trinquette est sans doute de sotte.

message reçu à 15 heures par téléphone satellite  : « I am here Lat+66.663400 Lon+11.292200 Alt-5875ft « 

Traduction : le cercle polaire est franchi!

message reçu à 22 heures

Lat+66.942800 Lon+12.171500  « Conscients du BMS en cours au Sud de notre zone. On garde de la vitesse route 40 jusqu aux fjords abrits. »

un bulletin météo spécial est annoncé ensuite,  force 10  « high see warning ». Le vent monte et la pression baisse, il faut chercher un abri en courant devant. L’équipage amène le bateau à l’abri des lofoten, vent portant, cap nord est 40. Suppression de la voile avant.

18 juin  Quand le vent est au Sud

Accueil chaleureux de l’équipage par la police Norvégienne … « vous nous avez amené le vent du Sud et du soleil ! » après une route entièrement au près dans le vent du Nord depuis bientôt 3 semaines, cette bonne volonté météorologique ne se refuse pas.

Départ donc vers le Nord, toujours en rase cailloux.

Position à la mi journée  : 63°43,36′ N, 9°31,50′ E , temps estival  sur le phare de Kjeugskaer.

le phare de Kjeugskaer.

17 juin :  à la voile dans les fjords

Position: 63°31,10’N 9°09,65’W
1008 HP  Vent SE 25 kt, Mer: belle  Houle: 0 m  Temps: ensoleillé
Allure et voiles: GV 2 ris + genois en grand
vitesse: 6,9 kt
« A la voile dans les fjords qui conduisent à Trondheim, La laureline est croisée ou dépassée par les catamarans de liaison qui filent à plus de 30 kt et par un trafic de cargos, de remorqueurs ou de navires d’exploration qui demandent une attention permanente. Arrivée estimée à 14 heures ce lundi après cinq jours de mer depuis l’Ecosse. »

L’Oceangraph à l’entrée de Ytrefjorden

16 juin : Norvège en vue

Position: 62°16,56’N 4°43,71’W
1002 HP, Vent E 2 kt, Mer: belle, Houle: 1 m, Temps: couvert + éclaircies
Allure et voiles: GV 2 ris + moteur, vitesse: 5,5 kt

« La rotation des quarts entre les trois équipiers s’effectue toutes les trois heures la nuit et toutes les quatre heures le jour. Ce matin à 5 heures après une belle nuit à la voile au près bon plein par vent de NE à 20-25 kt, le vent est tombé, la mer a repris son calme avec légère houle, le génois a été enroulé, la GV est restée arisée, le Volvo mis en marche à 1650 tours/mn, en route au Nord Est à petite vitesse, plus lentement en tout cas qu’à la voile. Sous un doux lever de soleil sans vent, Les montagnes enneigées de la Norvège sont en vue. A leurs pieds la mer semble fumer, en donnant une brume aux formes fantasmagoriques et juste au dessus à faible hauteur un nuage enroulé rond comme un boyau une écharpe, un boa, qui stationne à faible altitude, en laissant dégagé la partie haute des pentes abruptes. Le contraste des eaux chaudes d’origine tropicales amenées par le gulf stream sur une terre un peu froide est sans doute pour quelque chose dans ce joli spectacle surprenant. »

15juin : voyage parmi les forages

Position à 11 heure : 61°52,73’N 1°27,80’W
1006 HP, Vent E 27 kt, Mer: forte, Houle: 3 m, Temps: couvert
Allure et voiles: GV 2 ris + trinquette au près serré, vitesse: 5 kt
« En progression vers le Nord-Est au près contre le vent en tirant de grands bords, la Laureline a contourné par le Nord les 30 immenses installations de forage pétrolier, bien balisées sur les cartes sur 165 m de fond, fréquentées par des hélicoptères et des tankers. L’endroit doit être assez poissonneux si l’on en juge par le nombre impressionnant de pétrel Boréal qui accompagnent le bateau en décrivant de grands cercles à ras de la houle. Les pécheurs travaillent en groupe de 8 à 10 bateaux, ou parfois isolés comme le Trygvason, puisant chalutier Norvégien bleu et blanc bien entretenu croisé en ce moment, de 65 m de long et 12 de large selon l’AIS, qui traine son chalut sur un fond de 300 m »

14 juin, des lames balaient le pont, et les oiseaux s’amusent

11 h : position: 60°28,94’N 0°05,57’W
( proche des îles Shetland,  au Nord-est ) 1004 HP, vent E 32 kt, mer: forte, Houle: 3 m
Temps: nuageux  Allure et voiles: GV 2 ris + trinquette au près serré, vitesse: 6,4 nœuds

« Dans l’ouvrage « météo et stratégie » de Jean Yves Bernot, une chute de 5 hPa en une heure génère 50 kt de vent, 3 hPa en 1 heure 40 Kt de vent et 3 hPa en 3 heures 24 Kt de vent. l’annonce du baromètre du bateau (3 hPa en 3h) s’est vérifiée: Le vent s’est établi assez rapidement à l’est à 25 kt et depuis ce matin à 30-35 avec rafales.

Avec les routages issus de 6 systèmes de météo obtenus par Predictwind ce changement a été anticipé en arisant la GV et hissant la trinquette sur son étai largable. Bien calée sur ses bouchains La laureline avance tout droit à 6,5 kt dans une mer forte, descend dans les creux franchit les lames qui de temps à autre balaient à grand bruit le pont de l’étrave au cockpit. Et pendant ce temps là les oiseaux s’amusent !

Les pétrels boréal sont les plus plus fascinants à observer en vol. Ils sont nombreux par ici, d’importantes rockeries occupent les falaises de Fair Isle et des Shetland où ils cotoient les fous de Bassan et les sternes arctiques, ce fameux migrateur qui se déplace d’un pôle à l’autre aller et retour tous les ans.

Le sterne arctique est taillé pour les distances, le fou de bassan pour la vitesse, et le pétrel boréal pour l’élégance : il plane à ras des crêtes et de l’écume, le bout de l’aile à quelque entimètres de la vague qui déferle sans jamais l’engloutir. Il a probablement des capteurs à ultrason pour l’informer en permanece de sa position. Il possède aussi au dessus du bec un désalinisateur qui lui permet de s’hydrater à l’eau de mer et de rester des mois au large. Il ne revient que deux mois par an sur les falaises le temps de la nidification, précisément en ce moment.« 

Sternes arctiques

13 juin, message à  6 heures :

Position: 59°16,45’N 4°12,28’W
1012 HP, vent W 3 kt, mer: peu agitée, houle: 1,5 m, temps : nuageux + ensoleillé
Allure et voiles: GV haute + genois enroulé + moteur 1650 t/mn, vitesse: 5,8 kt

« Vent nul, progression au moteur en direction de Fair Isle. Clarté résiduelle pendant la nuit qui ne dure que quelques heures. Dauphins, fous de bassn, petrels, guillemots« 

12 juin Départ pour la Norvège

La Laureline s’apprête à reprendre la mer, malgré la météo peu encourageante, direction la Norvège. Le logiciel routeur a calculé la route optimale selon le vent et l’état de la mer. Il calcule aussi le risque de mal de mer. En fonction de la hauteur  des vagues et de la longueur d’onde de la houle, il prévoit que l’équipage aura à supporter des accélérations verticales de 0,3 G , alors que le risque de mal de mer est considéré comme important dès 0,2 G. A ce facteur s’ajoute le froid tout droit descendu du Groenland… et tout ça pendant 3 ou 4 jours.

Message à 15 heures

Fulmar boréal

Une promenade de santé, en somme.

11 juin Stornoway

Position: 58°12,58’N 6°23,40’W
1015 HP, vent NNW 25 kt, temps: couvert quelques averses, amarré au ponton à Stornoway, île de Lewis

« Bien abritée dans la marina de Stornoway sur l’île de Lewis, l’île des romans passionnants de Peter May (L’île des chasseurs d’oiseaux, l’homme de Lewis, le braconniers du lac perdu, etc) qui ont connu un succès planétaire, la Laureline attend sagement les vents favorables qui devraient arriver demain. »

Remise des diplômes à Stornoway.

10 juin The Little Minch au près serré

Position: 57°44,99’N 6°54,63’W  1015 HP, Vent NNW 25 kt, rafales 33 kt
Temps: ensoleillé + couvert + quelques averses, mer peu agitée au ras des cailloux,

Allure et voiles: Pré serré GV 2 ris + trinquette équipée d’un barber (pour ramener le point d’écoute vers l’interieur). vitesse: 8,2 kt sur l’eau, 7,5 sur le fond (courant contre 0,7 Kt)

Comment remonter la mer des Hébrides, connue comme terrain de passage des dépressions venues de l’ouest, lorsque le vent vient du Nord ?

– soit attendre au bistrot des jours meilleurs,

soit y aller quand même et tout faire pour passer là où la mer est tant soit peu aplatie.

C’est-à-dire tout près de la côte, en rase cailloux, à l’abri des Hébrides extérieures, en surveillant de près la carte papier étalée sur la table du carré et les cartes électroniques : Navionics + MaxSea, à l’aide des routages obtenus sur predictwind par iridium GO.

Parcours en rase cailloux entre Mull, Skie et les Hébrides extèrieures

9 juin : Tobermory

La Laureline est parvenue hier soir à Tobermory, pas moyen d’aller plus loin face au vent. Courte pause , calculs et autres prévisions , chercher des alternatives… peut-être en rasant encore les murs? mais  y a des îlots rocheux un peu partout dès qu’on s’engage entre les Hébrides intérieures et extérieures . Les voisins de ponton ont renoncé à partir. Là, c’est très dur,  mais après c’est pire. Donc on y va, droit devant en plein vent , en route pour le Little Minch et Stornoway. Ça va décoiffer

message à 15 heures  :

« Position: 56°40,34’N 6°07,84’W
1012 HP, vent NW 25 ktTemps: ensoleillé + cumulus, allure et voiles: GV 2 ris trinquette.
vitesse: 5,4 kt. Remontée laborieuse hier contre vent et courants de marée sous averses de pluie et de grêle, escale de 12h à Tobermory, la fenêtre étant un peu meilleure aujourd’hui, avec petite baston prévue pour accueillir la Laureline demain soir à Stornoway si tout va bien. »

8 juin, L’équipage s’est offert le temps d’un pèlerinage dans Islay, entre distilleries et vestiges de l’époque chrétienne. Pour une prière à Kildalton

Position: 55°39,63’N 5°59,82’W
message à 10 heures : 1010 HP, Vent W 12 WNW kt, Mer: peu agitée, Houle: 0,50 m
Temps: nuageux + averses et grains, Allure et voiles: GV 2 ris moteur 1800 tours/mn.
vitesse: 5,6 kt.
« La balade à vélo électrique le long de la côte de Islay passe devant trois des neuf distilleries de whisky de Islay: Laphroaig, Lagavulin et Ardbeg puis conduit par une route étroite à une voie à travers bosquets de hêtres, rhododendrons géants, collines, plages de sables fin et de galets, fréquentés par les guillemots à miroir, huitriers pie, faisans, jusqu’à la croix celtique de Kildalton, construite au VIIIe siècle, après la christianisation de l’Ecosse, où l’on distingue encore des scènes de la bible : la main levée d’Abraham sur son fils, David tuant un lion, Cain et Abel, et des serpents.


Afin de progresser vers le nord malgré les vents contraires, il a été décidé de prendre la route à 4 heures du matin, au moteur et GV 2 ris, à l’abri de Isle of Jura puis de l’île de Mull, dans le but d’atteindre Tobermory et ainsi d’éviter la navigation de nuit dans les canaux.

Cela implique des calculs savants pour franchir les passages entre les îles dans le sens du courant. A éviter : le plus violent d’entre eux, qui atteint 8 kt dans le maelstrom de Corryvreckam si bien décrit dans au moins deux romans : celui d’Isabelle Autissier « Soudain seuls », où l’héroïne rescapée (mieux dégourdie que le mec comme toujours dans les romans d’Isabelle Autissier) médite à la fin du livre du haut de la falaise au nord de Isle of jura, en décrivant les tourbillons géants du reflux de marée, et dans « le cercle celtique » de Bjorn Larsen, où le bandit parvient à s’échapper à la voile en bravant le courant et des vagues géantes, un roman passionnant qui parle d’amour, d’amitié, de trahison, de voile, le tout pimenté par l’historique des croyances celtiques. »

7 juin Sous voilure réduite, la Laureline a frôlé l’île de Rathlin puis s’est engagée dans la traversée vers Port Ellen, haut lieu des islay fumés à la tourbe. Heureuse coïncidence : un pêcheur rentrait à la même heure, avec des homards qui ont accueillis à bras ouverts nos 3 marins.

message le 7 juin : Position: 55°37’N 6°1,28’W,  1014 HP
Vent W 4 kt, mer: peu agitée, houle: 0,50 m, temps: ensoleillé + quelques cumulus
Amarré au ponton à Port Ellen, Islay.


Au port en attente de vent favorable pour gagner les Hébrides, l’immobilisation est mise à profit pour de petits travaux d’accastillage, réparer la table de cockpit, etc et surtout calculer et recalculer les fenêtres à l’aide de pas moins de six sources de météo  différentes, qui ne sont pas toujours d’accord entre elles. Sont étudiés aussi les passages atypiques, derrière l’île de Mull et derrière l’île de Skye, pour un départ peut-être le 9 juin si tout va bien, avec pour se consoler en attendant la visite des plus célèbres distilleries de whishy tourbés de l’Ecosse.« 

6 juin : Position: 54°57’N 5°50,82’W
1015 HP, Vent W 20 kt, mer: peu agitée, houle: 0,50 m, Temps: ensoleillé + quelques cumulus
Allure et voiles: prés bon plein GV 1 ris + génois en grand.
vitesse: 7,5 kt sur l’eau, 4,1 sur le fond contre le courant du North Passage.

La Laureline est repartie dès potron minet en rasant la côte pour éviter le plus fort du courant , en attendant que le vent diminue et vire à l’ouest; direction : Écosse

message du capitaine à 10 heures :
 » Un arrêt de 12h dans la marina de Bangor a été nécessaire pour attendre que le vent vire à l’ouest pour franchir le North passage qui mène à l’Ecosse.
Dans le pub Donegan’s, environ 40 jeunes de 18 à 25 ans attablés devant leur sprite, prenaient beaucoup de plaisir à jouer tous ensemble à une sorte de loto  animé par un coach enthousiaste qui utilisait la sono pour poser les devinettes auxquelles ils répondaient par une appli sur leur smartphone. Le plus frappant, c’est la proportion effroyable d’obèses, garçon ou filles, plusieurs à un stade morbide avec BMI supérieur à 40. le développement des cellules graisseuses constituées si jeune risque de devenir définitif. Pour le moment, ça ne les empêche pas de bien s’amuser. »

La Laureline rase les murs pour se protéger du vent et du courant

5 juin : Position: 54°14’N 5°34,03’W , La Laureline rase les murs depuis Rosslare, pour se protéger du vent d’ouest, des vagues qui moutonnent dans la mer d’Irlande, et se tenir à l’écart des courants les plus forts. Arrivée au North Channel, le phénomène de goulet d’étranglement accentue tous ces phénomènes : houle de 2,50m et vents contraires ne font pas bon ménage.

Message transmis par le bateau vers midi, à l’approche de l’entrée du détroit nord : 1012 HP , Vent WSW 19 kt , Mer: peu agitée, Houle: 0,50 m , Temps: ensoleillé + ciel de traîne
Allure: GV 2 ris + trinquette. vitesse: 6,4 kt.
« Depuis l’après midi d’hier, le vent dans la mer d’Irlande a tourné à l’ouest en vent frais force 6, avec raffales jusque 33 kt, ce qui a conduit à réduire la voilure : deux ris dans la Grand voile, et trinquette à la place du génois, et à se rapprocher de la côte de façon à naviguer là où le vent n’a pas encore levé de lames. Le vent siffle, l’éolienne se déchaîne, et le bateau fonce bien stabilisé sur ses bouchains.

Le North Passage, qui conduit à l’Ecosse, n’est pas fréquentable aujourd’hui, la route est bloquée par un Nord ouest qui lève des vagues de 2,50 m, assez difficiles à franchir contre le vent. Un petit stop à Bangor (à coté de Belfast) va peut-être s’imposer. »

4 juin : Position: 51°53,672’N 6°14,787’W : la Laureline s’engage dans la mer d’Irlande par le détroit de Saint Georges, en passant au plus près de Rosslare. Le vent de Nord Ouest forcit dans la matinée puis de plus en plus : une zone de grands vents créée entre un anticyclone puissant bloqué sur le Groenland et une vaste dépression située à l’est de l’Islande s’enroule vers la Norvège en englobant l’Ecosse et l’Irlande. Si le bateau reste relativement protégé en rasant la côte d’Irlande, le passage par le détroit du Nord risque d’être trop houleux.

message à 10 heures : 1024 HP, Vent NW 21 kt, Mer: peu agitée, Temps: couvert + petite pluie, Allure: GV 1 ris + génois 1 barre. vitesse: 7,5 kt.
 » la traversée de la mer celtique s’est déroulée sous petite brise inferieure à 10 kt, GV haute et génois en grand, les drapeaux à l’horizontale, la mer peu agitée par de petites vagues qui commencent à déferler sans donner de moutons, un vent de WNW qui nous a conduit au petit matin devant le détroit de Saint Georges. La mer et les nuages sont gris, les grands paquebots de croisières illuminés la nuit descendent vers le sud. »

La mer d’Irlande dessinée par Ulamm pour wikipédia

3 juin : Position: 49°58,672’N 5°45,147’W, 1025 HP, Vent NW 10 kt, Mer : peu agitée, Houle : 0,50 m, Temps : couvert, Allure: GV + moteur 1650 t/mn, vitesse: 6,2 kt.
« Hier après le franchissement du rail de Ouessant entre les tankers et les porte containers géants lancés en meute à des vitesses différentes, entre 12 et 22 kt, de quoi flipper, mais ça passe, le vent a viré au Nord nord est puis au nord, donc de face, obligeant le voilier à remonter au près à 35° du vent. La trace de la Laureline a dessiné un grand Z dans la Manche, qui a croisé dans la nuit des groupes de pêcheurs britanniques, puis l’a amenée en douceur sous le célèbre cap Lizard, avant de s’embouquer dans la mer Celtique en rasant Land’s End. »

2 juin Position: 48°13,017’N  5°02,638’W
1027 HP , Vent NNE 10 kt, Houle: 0,50, Temps: ensoleillé, Allure: GV + moteur 1800 t/mn contre un courant de 2,5 kt en marée descendante, basse eaux, coefficient de marée 63.
 » Après la traversée de la baie de Quiberon et le passage de la Teignouse,  la remontée des îles du Ponant s’est effectuée sous voile, GV haute et génois, au près bon plein, à l’est de Houedic Houat et Belle ïle, puis à l’ouest de Groix et de l’archipel de Glénan.

Un joli bateau heureux, avec ses voiles toutes neuves

Il a fallu prendre deux ris en soirée, puis passer au moteur quand le vent est tombé vers minuit. La production d’électricité par les alternateurs a été mise à profit pour remplir les 250 litres de la cuve d’eau bâbord avec le désalinisateur.
Daniel et Sylvie nous ont croisé au passage de la Teignouse, ils revenaient d’une pêche aux oursins et araignées, abondants en cette saison.

Araignées à l’abordage

Des araignées pour la route


Temps clément et mortes eaux ont permis le raccourci par le raz de sein à contre courant en tutoyant la Vieille qui en garde l’entrée face à l’île de Sein, puis après une traversée en diagonale de la mer d’Iroise,   en rasant la Jument qui domine l’île de Ouessant, tout ceci dans la magie d’un lever du jour tranquille sur la petite île Molène qui flotte sur sa Chaussée de Pierres Noires. Tout semble si calme aujourd’hui, pourtant l’imagination comprend vite les terribles dangers du gros temps dont témoignent les épaves marquées de partout sur la carte par des petites croix.« 

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