2022 : Ecosse et Norvège

La Laureline se trouve désormais dans l’hémisphère Nord, elle a été hivernée à Arzal. Avec un été entre juin et septembre donc. L’occasion de repartir vers des contrées plus familières, déjà visitées brièvement en 2015 et 2016, avec un goût de trop peu.

Equipage réduit à trois personnes cette année : Emmanuel, Serge et Hélène jusqu’à la mi-août, prévue à Boulogne sur Mer, puis Emmanuel, Anaïs et Hélène de Boulogne sur Mer à Arzal fin aout.

Le Capitaine aurait aimé rattraper le temps « perdu » en raison de la période électorale en taillant sa route plein nord, tout droit vers ces îles habitées par des oiseaux, tout là-haut. Selon la météo, et sachant que tirer des bords face au vent et aux vagues n’est pas le meilleur moyen de s’amariner, il y aura quand même une acclimatation de l’équipage en Bretagne et ou en Pays Pays de Galle avant de s’engager dans le Chenal Saint Georges .

Un faux départ, puis un vrai

Faux départ… Le départ devait avoir lieu le 21 juin, l’écluse de 17 heures avait été réservée, mais c’était sans compter sur la défaillance de l’écran de la table à cartes, dont les contacts corrodés ne laissaient plus passer de signal. Un jeune électricien est rapidement venu monter un écran neuf, et c’est alors la station-service qui s’est trouvée à cours de gasoil…bref, ça a été l’écluse de 20 heures, et le ponton d’attente de la marée montante du 23. Nuit au calme et départ à 6 heures 30 sur la Villaine, soleil matinal et dégradés de verts et de bleu, cheminement dans les méandres de la rivière. À la sortie de l’estuaire, il est temps de hisser la grand voile.

La Villaine au solstice d’été, début de marée montante

Mais voilà qu’elle est crevée de plusieurs estaffilades verticales, dont une grande! retour à la case départ, appel téléphonique au voilier, il est fermé mais accepte de nous recevoir. En arrivant au ponton, la marche arrière se bloque transitoirement , appel au mécanicien, qui va passer..
Grand voile démontée, descendue, roulée sur le diable, acheminée chez le voilier qui procure des pièces collantes et les coud sur la toile fatiguée. Retour au bateau, remontage des lattes, voile hissée à bord, puis fixée aux coulisseaux, le bateau est changé de bord pour se trouver à peu près face au vent, pour remonter les bosses de ris, pas possible de hisser la voile, elle est remise dans le lady jack, le mécanicien est passé et a corrigé un réglage de la butée du câble d’embrayage..

Des estaffilades se révèlent dans la grand voile
Fabrice applique une double videlle pour fixer les insignas collés sur les trous

…il est 17 heures, le vent de sud-ouest a ramené la pluie, il est temps de partir avant que la marée ne soit complètement basse. Et vogue la galère.

Cette fois ci sera peut-être la bonne!

Traversée de la Manche , arrivée à Penzance

Du temps perdu au départ alors que la fenêtre météo est étroite… Une dépression s’éclate sur l’Irlande, une prolongation atteint les côtes de la Cornouaille vendredi en milieu de journée. Comme le vent est nul au début puis se lève au portant, le Capitaine décide de traverser la Manche dans la foulée de la croisière devant les côtes bretonnes, pour attendre à Penzance l’accalmie dans le canal St Georges

Un Capitaine heureux devant la cardinale ouest de la chaussée de Sein

Pression atmosphérique à 1011, ciel bleu, la mer très calme permet une progression lisse  et une entrée dans la nuit sereine

À partir du quart de minuit, le baromètre entreprend une descente régulière. Nuit noire , brouillards, laissent la place à un jour maussade, le vent monte progressivement du sud ouest. Arrivée sur les chapeaux de roue, et sous une pluie battante, poussés par un vent de 25 30 nœuds, juste avant l’ouverture de la porte du port à flot.

La Laureline attend à l’ancre dans le port à sec  l’ouverture de la porte 2 heures avant la pleine mer et 1 heure avant. Un pêcheur est le premier à rentrer aux abris. Dans le fond, le Mont Saint Michel local

Un pêcheur est le premier à rentrer au port à flot.

Penzance est un port de bateaux fantômes et de résurrections.  Celui-là était en pleine restauration lors du dernier passage de la Laureline.  Il est magnifique, comme neuf malgré ses 60 ans, il a retrouvé du travail.

Il y a quelques années, ce bateau était meurtri, sa coque grise mangée de rouille, le mât chargé d’un équipement d’un autre âge. Après beaucoup de travail, le voilà qui porte beau, ses formes vintage font tout son charme

La Laureline, avec ses 2 bidons bleus sur le pont, au milieu des bateaux fantômes
Pas sûr qu’il y ait de rédemption à attendre pour ce fantôme là.
Éclaircie entre 2 ondées

Golowan festival, back to the future

Le bon moment pour rester bloqué à Penzance : le festival de la saint Jean,  Golowan festival en gallois, bat son plein. Le thème cette année : back to the future , et les musiques traditionnelles régionales ont le vent en poupe.

C’est aussi l’occasion de célébrer le 40ème anniversaire du jumelage de Penzance avec Concarneau. Les maires se lancent dans leurs discours chacun dans sa langue, une délégation de Bretons est là.

La Laureline arbore le pavillon jaune signifiant que Penzance est le premier port utouché en Grande Bretagne. Les autorités portuaires ne savent pas trop quoi faire des nouvelles règles depuis le brexit. Deux autres bateaux français sont dans la même situation, dont les équipages n’attendent plus à bord un hypothétique passage des douanes.

Oyez, oyez. Oh yeah !
Fanfares et flonflons
Délégation de Concarneau

Couronnés de fleurs ou portant des chapeaux excentriques,  vêtements bariolés,   une pinte de bière à la main… les gens s’amusent de bon coeur, suivent les fanfares, dansent en rondes en marquant la cadence.

Un thème récurrent est porté par plusieurs groupes de musique folklorique entourent un duo de danseurs,  une femme avec un fouet ou un tambourin, qui fait danser un squelette de cheval couronné de fleurs et qui claque des dents en mesure à l’occasion. Deux groupes rivaux jouent sur ce thème. Le Golowan band et son cheval noir revendiquent d’être les premiers

Le Golowan band et son grumpsy 8old witchcraft
un squelette de cheval couronné de fleurs danse pour sa dompteuse

Ambiance bon enfant et décontractée, tout le monde court se protéger des giboulées brèves avant de se retrouver autour des musiciens.

D’autres groupes s’expriment de façon plus classique,  école de jazz ou fanfares, groupes rock.  Sans compter la fête foraine et un feu d’artifice.

Toujours bon pied bon oeil

Au fil des jours passés dans le port, alors qu’il fait 30 nœuds dehors, nous rencontrons d’autres équipages, et leurs bateaux. 


Certains bateaux sont vieux, mais ils travaillent toujours. Notre voisin, Terramar, a été construit pendant la seconde guerre mondiale, il est capable de « beacher » pour débarquer du matériel roulant. Il le fait toujours, au Scilly, et reprend son service demain, fraîchement repeint.

Terramar un jeune octogénaire

Morag est écossaise, elle a fait l’acquisitionavec son mari d’un bateau de pêche de 1927 qu’il vont réaménager pour en faire un charter. Pour le moment, le bateau a été remis en état de prendre la mer, et par la semaine prochaine pour Edimbourg.

A côté, un bateau plus que centenaire est arrivé à la rame, il n’a jamais eu de moteur et n’a jamais cessé de travailler. Ce bateau est la maison de ses propriétaires, et avec leur look de Robinson Crusoé, son capitaine et sa femme sont allés un peu partout, comme en Afrique du Sud, avec leur 4 enfants. Barre franche, équipement rudimentaire…

Le bateau de Morag, en partance pour Edimbourg, et son voisin centenaire en partance pour Douarnenez

Le gros du coup de vent est passé aujourd’hui, avec de violentes averses. Ce soir le vent s’est calmé, les nuages partis pour quelques heures, le temps de faire un peu de courses : départ demain avec l’écluse de 6 heures

Accalmie et éclaircie, les vagues sont encore en forme

Port Ellen

Poussée par les vents et pendant les 6 dernières heures par un fort courant de marée dans le North Channel, la Laureline est arrivée hier soir à Port Ellen, en 2 jours et 18 heures

torréfaction des malt avec un feu de tourbe. Différentes intensités du goût tourbé permettent de produire des flacons très différents . Vue depuis le mouillage

Après une nuit à l’ancre, le bateau s’est engagé dans la petite marina , où une place libre l’attendait. Système self service   chacun s’installe comme il peut et donne un coup de main au suivant.  Les 3/4 des bateaux logés là sont français. Accueil gentil  mais attristé par la mort le matin même du Harbour master , tombé dans l’eau alors qu’il tentait d’aider un bateau à se désenchouer . Il n’a pas pu être réanimé .

Le vent est robuste, il le sera plus encore demain.  Une onde de pluie est passée ce matin, laissant la place à un jour gris et frais, la bonne température pour suivre le sentier des islay, et déguster un « flight » chez Lagavulin.

le flight de dégustation classique

Bull Hole

Le bassin protégé dans Bull Hole

Il pleuvait encore un fin crachin sous un ciel gris, par un vent de 15-20 noeuds. Le courant était favorable dans le Sound of Islay à condition de s’y engager vers 6 heures du matin. La marina de Port Ellen était remplie depuis la veille au soir par une petite flotille de joyeux bateaux irlandais arborant des étendards celtiques. Il était temps de quitter ce petit port agréable.
Les amarres ont été larguées à 4 heures du matin et le bateau a glissé en silence vers la sortie, quel bonheur d’avoir retrouvé ma casquette à oreilles pour bien profiter du paysage, des chasses en piqués spectaculaires de fous de Bassan, les groupes de petits guillemots, des reliefs verdoyants de chaque côté du loch.
Le vent d’ouest a ensuite poussé le bateau à bonne allure vers la pointe du Ross of Mull, ou un loch s’ouvre entre des rochers de granit rose, pour trouver « bull hole ». Ce refuge protégé de la mer abrite en son sein plusieurs bateaux de pêcheurs au mouillage. Un peu à l’écart, l’ancre a été descendue dans 2 m d’eau avec 40 m de chaîne afin d’encaisser un vent frais en cours aujourd’hui. L’idée aurait été de descendre du bateau pour prendre le passeur vers Iona et visiter un ancien monastère. Mais si la houle est bien cassée, le vent et la pluie froide passent librement et une excursion en dinguy dans ces conditions n’est pas très tentante. Les pêcheurs sont restés au mouillage, lex bateaux dodelinent au milieu des rochers nimbés de pluie, le chauffage eberspecher et la cocotte minute assurent l’ambiance du salon de lecture.
Le baromètre est au mieux de sa forme, demain s’ouvre une période de beaux jours

Treshnish islands

Court trajet aujourd’hui, pour profiter de l’accalmie et passer près de Staffa , et poser l’ancre à  Treshnish pour voir les oiseaux.

Les nuages sont écrasés sur la mer par le baromètre : 1028 millibars ! le brouillard se hisse difficilement plus haut que le mât, le vent très faible souffle du Nord Ouest, face à la marche du bateau, 12 miles à parcourir au moteur. La silhouette de Staffa sort de la brume et voilà les fabuleuses orgues de basalte alignées  verticalement, percées de grottes . Impossible de s’approcher à moins de 100 m avec le voilier  il faut se contenter du spectacle à distance.

Un peu plus loin, l’île aux oiseaux offre un mouillage occasionnel, utilisable uniquement par mer très calme. Eaux claires couleur émeraude sur fond de sable blanc parsemé de touffes d’algues ou l’ancre est descendue. Des bateaux chargés de visiteurs arrivent de Tobermory ou Iona, débarquant leurs passagers par groupes de 40. D’autres voiliers arrivent avec des équipages qui grimpent sur la falaise.

Les macareux sont en nombre, cohabitant avec de petits pingouins Torda , tous occupés à nourrir leur progéniture. Ils remontent de la mer avec dans le bec plusieurs petits poissons à distribuer dans les terriers ou sont installés les nids.

Moins nombreux, des cormorans aux yeux bleus veillent aussi sur leurs petits gourmands.

Les oiseaux sont étonnamment tolérants à la présence de tout ce monde qui défile les jours de beau temps , leur confiance contribue au caractère merveilleux de cette exceptionnelle rencontre entre des animaux sauvages et les bipèdes venus les visiter avec le respect qui leur est dû.

Au bout du chemin qui coure sur les falaises,  une faille dans la roche isole de grands rochers escarpés, très haut au dessus du ressac, ou nichent des milliers de guillemots et mouettes tridactyles  : un régal pour les photographes malgré la lumière un peu chiche.

Canna

8 juillet 22 La Laureline est venue mouiller sur coffre hier vers midi au fond de la baie bien abritée de la petite île de Canna, tout comme une dizaine d’autres voiliers de voyage, qui trouvent là l’abri bien utile avant de se lancer vers les Hebrides exterieures ou Skie

l’île est formée de falaises basaltiques parfois en colonne comme dans la chaussée des géants, habillée par des  prairies de couleur vert vif, sillonnée par les dessins de clôtures en pierres sèches qui divisent les terrains à flanc de colline. Chaque point blanc correspond à un mouton, il y en a des centaines. De belles vaches noires trouvent là une herbe parsemée de fleurs sauvages. 
A terre, un chemin carrossable longe la côte entre des maisons blanches soignées tournées vers la mer, éparses, qui abritent peut-être au total une centaine d’habitants, l’une d’elle fait épicerie, mais il n’y a pas d’épicier: les prix sont indiqués, on se sert et on paie dans une caisse grande ouverte: La confiance ! Plus loin, une croix celtique en granit de 3m de haut avec des sculptures représentant un cheval, des animaux, un bateau, datant du VIe siècle, peu après l’apparition de la Chrétienté, témoigne de l’ancienneté de l’habitat dans cette île éloignée, pleine de beauté et de charme émouvant.

Trois églises complètent le paysage, construites en pierre sombre.

Le mouillage de Canna, dans le fond l’imposante silhouette de Mug

Le soir venu, puis très tôt, à l’aube, les phoques chantent sur leurs rochers tout près du mouillage, sous l’église de Sanday. Ouuh ouh ouhouh modulé sur une seule note douce et mélancolique. Plus guillerets, les huitriers pie chantent en journée tout en explorant les algues dégagées à marée basse.

Position à 06:00 hTU le 9 juillet 22 : 57°06.28’N 6°31.03’W
jolie brise force 4, 15 kt du 280°, au prés seré sous GV 1 ris et Yankee , mer: vaguelettes et moutons rares

Loch Maddy

9 juillet Traversée paisible de la mer des Hébrides au niveau de Little Minch après avoir longé la côte ouest de Skie. Le baromètre est encore très haut, mais le ciel reste chargé la plupart du temps. Un premier arrêt à Loch Maddy pour découvrir un morceau des Hébrides extérieures. Ce petit port possède un terminal pour le ferry, mais semble par ailleurs quasi désert. Les îles sont râpées par le vent.

On y ramasse des algues brunes pour fertiliser la terre, différentes selon qu’on traite des terres lourdes de la côte est ou les terres sableuses de la côte ouest, qui recevront du kelp, lourds rubans d’algues épaisses qui stabilisent ces sols meubles. Des barques sont chargées d’algues pour les champs de la côte est. Elles peuvent aussi être utilisées pour compléter l’alimentation animale (des chameaux ?) voire être cuisinées.

Loch Tarbert, Scalpay

Courte progression vers le Nord , sous Yankee seul, au grand largue par vent de Sud de 15 nœuds, le long de la côte. Un brouillard aérien se déchire de temps à autre pour laisser passer les rayons du soleil, la visibilité est inférieure à 1 mile à l’arrivée dans le loch Tarbert. L’option retenue est de chercher un abri dans le port naturel qui s’ouvre au Nord de l’île Scalpay, plutôt que de gagner le fond du Loch et son terminal RoRo (roll-on, roll-off : point d’arrivée des ferries chargés de voiture).

Le loch Talbert est parsemé d’ilôts et de rochers dont certains sont noyés à marée haute de vives eaux

Arrivée à marée basse pour bien repérer les dangers. Le paysage est grandiose sous le brouillard qui tente de s’élever un peu. Des pâturage à moutons , des bateaux de pêche et probablement une petite ferme marine. L’île est peuplée , mais par ce dimanche maussade les rues restent désertes , hormis quelques moutons en goguette au bord des chemins.

La Laureline au ponton du North Harbour de Scalpay

Position à 12:00 hTU le 10 juillet 22 : 57°52.47’N 6°42.04’W
jolie brise force 4, 15 kt du sud, au grand largue sous Yankee , mer peu agitée

Stornoway, ca côte ouest de Lewis

14 juillet La dépression traîne encore dans les parages, mais un passage par Stornoway s’impose tandis que l’horloge tourne. Entre 2 rafales à plus de 20 nœuds, la Laureline a réussi le départ sur garde raté hier en raison d’un vent de travers trop fort. Cap au nord ouest, en longeant la côte, par vent frais, rafales à 30 noeuds, 3 ris dans la grand voile et yankee enroulé. Pas possible donc de faire un stop aux îles Shiant toutes proches pour voir les oiseaux, mais ils ont été très nombreux à venir chasser dans le courant autour du bateau : macareux, guillemots, pingouins Torda, et ces flamboyants fous de Bassan, dont le plumage blanc semble émettre de la lumière.

Au bout de l’ile de Lewis, Stornoway est la plus grande ville des Hébrides. Ses installations portuaires accueillent de nombreux bateaux de pêche et une marina sympathique pleine comme un œuf où par chance une place venait de se libérer. Le fort vent dehors n’est pas seul responsable de la présence de nombreux voiliers au port. La ville attend 20 000 personnes venues cette semaine pour un festival de musique celtique : HebCelt pour Hebridean Celtic Festival. Un chapiteau a été dressé devant le château, les bateaux de la marina seront aux premières loges pour bénéficier du son à défaut de spectacle . Le festival n’a pas pu être tenu depuis 3 ans en raison des mesures imposées pendant la pandémie.

En kilts et en musique celtique dans un pub de Marins qui ont bien voulu considérer que nous étions des leurs dès lors que nous étions arrivés à la voile depuis la Bretagne. Très applaudis, Manu et Serge se sont fendus d’une Marseillaise en l’honneur du 14 juillet , accompagnée de percussions écossaises

Les transports en bus sont remarquablement organisés en Ecosse, où ils contribuent à créer un lien social entre des habitations très dispersées dans ces terres à moutons. Les terres du bord de mer sont plus fertiles qu’à l’intérieur où se trouvent plutôt des tourbières. Les pâturages sont bien gras, herbes et fleurs sauvages y prolifèrent et les moutons sont apparemment en bonne forme : les petits sont chargés d’une laine magnifique tandis que les brebis ont le plus souvent déjà été tondues. les mâles portent de superbes cornes enroulées

Une première excursion vers le « butt de Lewis » (le museau de Lewis), pointé vers le Nord et le fracas des vagues portées par les courants de marée qui se heurtent au vent d’ouest.

Des rochers spectaculaires, formant des îlots détachés de la côte, sont ici le refuge des oiseaux de mer. Vieux de trois milliards d’années, ces rochers du platicène composés de gneiss lewisien sont ici remarquables.

Ces rayures vertes sont la marque d’anciens « lazybeds » : pour enrichir la terre, les paysans du passé amenaient des algues brunes qu’ils posaient en lignes et recouvraient d’une pellicule de terre pour cultiver des pommes de terre ou de l’avoine.

Acrobaties aériennes de sternes caugek et petrel fulmar, timide alouette

Une deuxième excursion en bus permet de rejoindre le Blackhause village à Gearranan au terme d’une randonnée de 9 Km en tout terrain au Nord Ouest de Lewis. Le paysage est ici beaucoup plus vallonné. Les derniers paysans qui y ont exploité le machair ont été expulsés fin XVIII pour laisser la place aux moutons qui s’y développent tout seuls à moindre frais. Il suffit d’aller les chercher 1 fois par an pour les tondre, il n’y a de bergeries nulle part . Par endroit, les moutons creusent dans une faille un petit refuge où ils peuvent se réfugier, l’épaisseur de leur laine fait le reste.

Fair Isle

19 juillet La météo n’avait pas prévu la vitesse à laquelle s’installerait un anticyclone sur le nord de l’Ecosse. Après un samedi de vent de sud ouest force 5, un souffle asthénique essayait encore de faire avancer le bateau. Une tentative de gréer le spi a lamentablement échoué ; il avait été vérifié par le voilier, mais ensuite fourré  en vrac dans son sac. (toujours vérifier avant le départ…) Résultat, il s’est mis en cocotte autour du yankee enroulé, il a fallu 3 empannages et tirer dessus pour le convaincre de descendre, il a attéri dans l’eau tout entier, est passé sous le bateau, et quand il est enfin revenu à bord toujours entortillé, il a bien fallu constater qu’il était déchiré. Entretemps, le vent avait quasi renoncé, la progression a continué voiles en ciseaux, yankee tangonné, vent arrière, puis c’est au moteur qu’a continué le voyage.

Il y a quantité d’oiseaux en mer. Cette accalmie météorologique est sans doute la bonne occasion pour les mamans guillemots d’emmener leurs petits à la pêche. Mais ils ne savent pas encore s’envoler de l’eau, et parfois les oiseaux sont surpris par l’arrivée du bateau sous voile : maman crie une espèce de « ouin » nasal et roulé, poussin répond par de petits cris et rapplique dare dare.

A l’arrivée aux îles Orcades, les courants de marée sont violents, la progression du bateau rendue difficile ; les petrels sont très nombreux dans le ciel. Le brouillard se lève tout doucement.

Position à 08:00 hTU le 18 juillet 22 : 59°30.30’N 2°43.74’W
pas de vent, au moteur sous GV 1 ris , mer: agitée par les courants

Située entre les archipels des Orcades et des Shetland, Fair Isle est une étape de la route entre l’Écosse et les côtes anglaises ouest ou est, ou vers les pays scandinaves. Elle possède au nord un port naturel dont la protection a été renforcée par un enrochement qui protège le mouillage. Isolée au milieu de courants dangereux et poissonneux, c’est un refuge pour les oiseaux de mer qui sont nombreux à y nidifier. On y trouve des pâturages juchés sur des rochers abrupts pour des moutons tous terrains. La laine des Shetland est mondialement réputée.

Petits et robustes, de pure race Shetland. les moutons du nord s’élèvent tout seuls dans les pâturages les plus exposés de l’île. Les moutons Shetland du Nord sont rassemblés pour la tonte annuelle, la vermifugation, et la castration des jeunes mâles qui seront pour la nombre d’entre eux vendus.

Les « moutons du Sud » sont plus surveillés : ils connaissent leur maître et sont relativement familiers, plus dodus aussi que ceux du Nord , car croisés avec des races plus grandes, ce qui nécessite de surveiller les agnelages

Les falaises sont très hautes, les terres agricoles et pâturages se trouvent ainsi protégés des embruns, le granit encaisse les coups de boutoir des vagues. La partie centrale légèrement déclive est protégée du vent, surtout au sud ou se situent les maisons.

Fair Isle a été habitée depuis des millénaires. D’après ses habitants, c’est un endroit très agréable à vivre, surtout depuis que l’île communique avec les autres Shetland par une rotation régulière d’un ferry et d’un avion. Ils sont actuellement 56, dont une jeune française, Marie, tombée amoureuse de cette île il y a 5 ans. Elle a fondé une entreprise qui accueille des stagiaires tricoteuses intéressées par la qualité de la laine et la beauté de cette île. « Fair isle with Marie ».

Pour pouvoir venir habiter cette île, il faut déposer une candidature expliquant en quoi vos savoir-faire peuvent être utiles à l’île, et s’engager en outre à participer à toutes les tâches concernant les « moutons du Nord ». Marie est diplômée en connaissance de textiles, et reçoit des stagiaires venus pour le tricot et la découverte de l’ïle, nous avons fait la connaissance de John, architecte, son épouse était infirmière, il y a aussi un juriste, un épicier, la plupart des habitants tricotent des bonnets écharpes et pull en suivant les points et les couleurs traditionnels locaux ….

Les falaises abruptes sont idéales pour les oiseaux de mer. Cette année cependant, il semble que les plus grands d’entre-eux soient décimés par la grippe aviaire : des cadavres de grands labbes ou skuas et de fous de Bassan en témoignent .

Falaises nord et ilôts rocheux occupés par la roquerie de fous de bassan

Sheep rock

John est venu au bateau apporter un colis contenant une toison de mouton destiné à sa fille en Norvège, l’expédition par la poste est trop chère. Et Bons vents! Arrivé en 1973 dans l’île avec un savoir-faire de maître d’oeuvres, John a travaillé sur toutes les maisons de l’île, faisant sauter au besoin quelques rochers à la dynamite pour créer des extensions. Aujourd’hui âgé de 86 ans, il est le doyen de Fair Isle, et un peu le grand-père de tout le monde, artiste peintre et tondeur de moutons à ses heures, il possède une personnalité haute en couleurs et s’est montré particulièrement accueillant.

En route pour Bergen, Kepple

24 juillet Ce vendredi matin, amarres larguées, le bateau s’est engagé dans la mer agitée des Shetland, cap à l’est vers la Norvège. Le vent de Nord Est a progressivement tourné au Nord, tandis que le bateau s’installait sur son bouchin dans houle profonde mais plus régulière de la mer du Nord. Allure de près serré, travers, près bon plein, grand largue, empannage quand le vent est passé sud-ouest à l’approche des côtes norvégiennes. Au final, la traversée n’a duré que 36 heures. Arrivée sur les premiers rochers en fin d’après-midi, la Laureline a trouvé refuge pour la nuit dans Kepple Batlag, une petite marina accrochée au bord du fjord, à quelques miles seulement du phare de Tekslo qui marque son embouchure.

De joyeux convives occupés à fêter un anniversaire sur un grand voilier sont venus pour guider la manœuvre d’accostage. Estimant à juste titre qu’au sortir d’une traversée depuis l’Écosse, l’équipage devait être affamé, ils ont poussé la générosité jusqu’à apporter à bord une immense marmite où restait du bœuf mijoté aux légumes. La soirée s’est naturellement prolongée sur leur bord par des échanges culturels autour du thème des whisky écossais, dont Thomas est un fervent collectionneur, passant du Lagavullin au gins parfumés aux herbes médicinales, et retour aux bières locales, échanges d’adresses et de souvenirs de voyages.

Bergen

Le vent s’est levé du sud alors que la Laureline arrivait au port de Bergen secouée par des rafales à 30 nœuds sous une pluie battante. Une dépression s’enroule sur les Shetland, le front pluvieux balaye les côtes norvégiennes, les nuages sont arrêtés à Bergen par les montagnes autour et se vident sur place en trombes d’eau. Des passants stoïques font leur jogging sous la douche, ou sortent parapluie et short courts pour ne pas mouiller les pantalons.

Les hangars jadis dédiés au commerce de la baleine sont aujourd’hui des magasins ou des restaurants pour touristes. Tout y est très cher

Le centre de la dépression se déplace vers Aalesund, le vent va revenir cette fois par le nord dès ce soir, pour s’estomper mercredi. Une bonne question restant de savoir si les cirés dégoulinants dans le cockpit sous le bimini trouveront le temps de sécher.

Bergen est une ville internationale et riche, qui met en avant le souvenir de ses héros : marins de tous poils vikings conquérants, baleiniers, artistes, tels Edvard Grieg, Ole Bull, le violoniste des fjords

Le quartier de Bryggen, jadis fréquenté par les pêcheurs de morues et les baleiniers, est désormais occupé par des boutiques qui vendent des souvenirs aux touristes . On y trouve toujours des fourrures d’animaux piégés dans le Nord, renards et phoques , des fourrures de rennes, à côté de pulls et de chaussettes tricotés et de trolls en plastique. Ce quartier est classé par L’UNESCO

Le Belem : Construit en 1896 à Nantes, le Belem est le dernier grand voilier français et navire école. Il est toujours très occupé. Chaque semaine il repart avec de nouveaux passagers payants. Arrivé peu après la Laureline, il repartait ce matin à 10 heures, malgré les 40 nœuds de vent du Nord qui l’attendent dehors.

Le Belem est parti pour les îles Feroe, au nord des Shetland. Ensuite il redescendra vers Glasgow en passant par les Hebrides, aperçues au passage, sous voiles, puis vers Cork en Irlande en passant par le Saint George Channel, avec une escale dans l’ile de Man, Falmouth en Pays de Galle après une escale aux Scilly, Penzance est bien trop petit pour lui, avant de longer les côtes anglaises et traverser la Manche pour rentrer tranquillement à Dieppe début septembre.

28 juillet : Les derniers soubresauts de la dépression hantaient encore Bergen hier matin au moment de grimper sur un catamaran à moteur, pour une excursion le roi des fjords, Sognefjord, jusqu’à Flam. Superbe expérience au milieu de paysages qui évoquent le canal de Beagle à son embouchure sur la mer, même si les Albatros faisaient défaut, puis les Alpes quand le cœur du fjord se resserre tandis que les nuages restaient piégés à Bergen. Partout, une véritable splendeur.

Ce matin le ciel bleu à enfin amené l’été sur Bergen, ou il fait carrément 18°C , ce qui donne envie de faire le lézard. L’occasion de prendre le funiculaire pour aller voir la vue à 863 m d’altitude , avant de préparer le départ vendredi matin. Les terrasses se sont remplies de touristes, un guitariste au répertoire vieillot impose dès le matin des rengaines sirupeuses jouées en boucle pour les badauds descendus des gros bateaux de croisière très mal perçus par les gens du cru.

Une Norvégienne rencontrée à la laverie ce matin regrette le temps où ses enfants pouvaient courir sur le pavé au bout du port. Il est maintenant occupé par un marché aux poissons décrit comme « incontournable « , en réalité de création récente et uniquement destiné aux touristes. On y parle 10 langues parmi les clients, mais pas le norvégien. Le moindre cabillaud y est vendu 60 euros du kilo, comme le flétan ou le thon. Le poisson frais est devenu hors de prix. Il vaut mieux le pêcher soi-même ou l’acheter congelé .

radio ponton : un bateau italien vient de se mettre à couple avec la Laureline. Il descend du Spitzberg pour la 4ème fois. Ils ont navigué tout l’été par temps frais et humide, bien plus désagréable que d’habitude. Pendant que la France et l’Italie souffrent de la chaleur , et de la sécheresse, l’Écosse et la Norvège connaissent un temps particulièrement froid et pluvieux !

Espevaer

La petite marina d’Espevaer

30 juillet : Probablement d’humeur chafouine après avoir trop fêté son retour, le soleil est resté  caché derrière une épaisse couche de brouillard vendredi toute la matinée. Visibilité inférieure à 100 m dans les fjord, au moins jusqu’à midi, et retour des 13 °C habituels depuis juin lors de cet été particulièrement froid.

Une plateforme pétrolière tractée par 2 énormes remorqueurs et escortée par 2 bateaux pilotes . La Laureline rasait les murs

La couverture nuageuse s’est enfin décidée à se soulever un peu à l’approche de la mer, dévoilant des fermes piscicoles au bord des canaux ou circulent de nombreux bateaux de toutes tailles.  Sur les rives, de très nombreuses maisons coquettes, souvent peintes en rouge avec des fenêtres blanches , et en bas un petit débarcadère privé.  Ce sont des résidences d’été très appréciées des Norvégiens.

L’étape sur la route vers le sud a été choisie dans l’île d’Espevaer, dans un charmant village de pêcheurs, devenu un lieu de résidence secondaire favori des Norvégiens. Avec son petit port très bien protégé des vents, cette île est un véritable enchantement.

Les rochers du Nord de l’île cachent un dédale de criques et de verdure où sont aménagées des jeux de pistes pour les enfants. Ici, une piscine naturelle, avec un plongeoir resté vide, en plein milieu des vacances d’été. Il fait trop froid, même pour les gens du cru.

Kvitsoy

Kvitsoy est une île plantée en sentinelle devant la ville de Stananger, à l’extrémité sud de la Norvège des fjords. Déjà plus plate, plus sophistiquée que Espevaer, seulement quelques 30 ou 40 miles plus au nord.

Le petit part naturel de Ystabohavn

Plus tempérée aussi : un skipper rencontré sur le ponton en T shirt et bermuda, revient de Copenhague ou il a bénéficié de l’été chaud du reste de l’Europe et se prépare à rentrer au travail lundi. Le thermomètre affiche 18°’C, alors que la latitude (59° 03′ ) est encore plus au Nord que celle de Stornoway (58°13′)

Une croix de pierre mesurant 3,90m de haut pour une épaisseur de 11 cm à été plantée là par des vikings christianisés entre le 9ème et le 11ème siècle. Elle sert d’amer pour se guider parmi les rochers. La croix viking datant d’une époque remontant à 800-1000 après Jésus Christ. Elle est pour le moment suspendue dans un corset de fer, sans doute pour revoir la solidité de son ancrage dans le sol

Hellvik, en Norvège du Sud

Lundi 1 août : un voile de cyrrhus plane au-dessus de petits cumulus bourgeonnant…du grand vent pour demain! La progression vers le sud doit de préférence être interrompue, d’autant que le vent annoncé vient du sud-ouest. Une nouvelle étape s’impose, à Hellvik.

Port naturel protégé de tous les vents, Hellvik est accessible par un dédale de rochers où un chenal est entretenu pour les bateaux. Hésitations dans la houle par 22 nœuds de vent de Nord ouest…laisser à babord cette perche rouge? ou bien c’est une verte qui a rouillé ? un canot à moteur vient à la rencontre du voilier perplexe. Follow me! le pilote montre le chenal, puis le quai déserté par les pêcheurs désormais attribués aux visiteurs, salue , what à beautifull day! et s’en va.

Le quai des pêcheurs est presque vide. Ceux qui restent elèvent des alevis qui serviront de nourriture aux saumons d’élevage.

mardi 2 août. Une pluie battante a rincé le pont pendant la nuit et jusqu’au début d’après-midi. Les pêcheurs sont passés, la conversation s’engage, ils préparent des nasses… et offrent un grand saumon congelé de leur réserve « pour la route ».

Comme à Espevaer et Kvitsoy, la pêche artisanale a quasiment disparu. Pour autant, l’option tourisme ne semble pas être développée à Hellvik : le quai abandonné offre la sécurité par tout temps, c’est tout, et c’est gratuit.

Le site est en revanche retenu pour une urbanisation de qualité , construction de jolies maisons modernes qui n’ont pas le cachet des maisons typiques restaurées d’Espevaer ou Kvitsoy , mais assurent des éléments de confort nouveaux : grandes baies vitrées avec vue sur la baie , terrasse, et garage à bateau. Ou plus grandes, plus belles encore, dans les collines rocheuses, le style est plus libre, avec quelques toits plats.

Le silence surprend dans ces villages norvégiens. Il est difficile de ne pas faire un rapprochement avec Stornoway, quasiment à la même latitude. Mais ici, pas de pub, de musique, de réunion . Devant la supérette de Espevaer, quelques tables et bancs en bois recevaient des gens à proximité du quai du ferry. C’est le dernier endroit un peu festif rencontré. A Kvitsoy, des installations impeccables étaient mises à disposition des visiteurs, mais sans aucun contact prévu avec la population locale. Il faut payer la note par Vipps, un logiciel inaccessible puisque il nécessite de posséder un compte en Norvège. .. ou écrire un mail pour trouver un autre moyen. A Hellvik, la Coop est ouverte jusqu’à 10 heures du soir, mais elle est à l’écart des habitations et n’accueille que quelques clients taciturnes.

Cap sur Devil’s hole

Depuis hier à 12:30 La Laureline attaque bravement la descente de la mer du nord. Elle est le lieu d’échappement obligé des depressions qui se succedent a la queue leu-leu a longueur d’anneée sur l’Atlantique, sauf quand l’anticyclone des Acores remonte un peu plus haut. C’est le cas en ce moment, ce qui offre un créneau de 4 a 5 jours pour descendre, en essayant de trouver grace aux fichiers meteo telecharges par Iridium GO les veines de vents favorables.
C’est pourquoi la route a commence hier par 50 miles plein ouest au pres serre jusqu’a la bonne brise d’ouest (force 5) qui va permettre de franchir par vent de travers la zone de mauvaise reputation denomee fort justement le « devil’s hole ».

Position à 08:00 hTU le 4 aout 22 : 57°46.48’N 3°58.19’E
vent SSW 16 Kt,  GV 1 ris + Yankee , mer: peu agitée 

Les choix de stratégie de route s’avèrent judicieux, après 50 milles plein ouest au près serré, la Laureline a viré plein sud par jolie brise de noroit et mer peu agitée : l’idéal pour caler les bouchains a bonne allure, confortablement, et dans la bonne direction.
Les quarts de nuit ont été animés par le spectacle des énormes barges de forage pétrolier Norvégiens ou Ecossais éclaires comme des sapins de Noël. Savants calculs de route de collision entre les chemins croisés des cargos bourrés de containers, des cargos immobiles (Maerst Integrator), Tanker (comme le Chris de Marjerie, 300 mètres, du nom de l’ancien patron de Total mort récemment en avion en Russie) et paquebots (comme le Spirit of Adventure, éclairé de nuit du haut en bas de ses 15 ponts).


Une petite anecdote sur la compréhension de l’anglais: L’AIS de La Laureline annonce une route de collision dans 18 minutes avec le « Yamal Spirit », de 300 m de long ,qui fonce a 20 Kt alors que la Laureline 14 mètres avance au prés bon plein, a 7 Kt, les voiles bien réglées. S’engage alors un étrange dialogue par VHF; La Laureline: As we are on beam reaching, could you move 5 degres to your starboard, so that we keep our course and speed. réponse laconique de Yamal spirit: « A cable to our stern ». Il a donc fallu virer de bord dare dare pour le laisser passer, pensant que c’était un poseur de cable. Mais pas du tout, il ne trainait pas de cable, c’était un gros porte container, qui ne voulait pas bouger de sa route, il voulait dire en fait « passez a un cable derrière moi », le cable étant une mesure anglaise qui vaut un dizième de mille soit 180 mètres. D’habitude les capitaines de cargo sont bien plus courtois, tous (sauf celui-la) acceptent de dévier leur route de 5 degrés pour le petit voilier, avec souvent des souhaits de bonne route.

Boulogne au soleil

2 août Après quelques heures à surveiller les traffics, phares, bouées, cargos, paquebots et tutti quanti, la Laureline a émergé à l’aube au Nord de Dunkerque, pour voir se lever un jour resplendissant sur les rails montant et descendant devant Calais. Arrivée à Boulogne sous le soleil exactement, une sensation inconnue depuis le départ en Bretagne. Presque pas du vent, vive le moteur, depuis hier soir. En tout, 4 jours et 23 heures, pour 593 miles parcourus pour cette traversée.

L’équipage réuni, à Boulogne. Serge nous quitte demain. Anaïs et Gilles rejoignent le bord pour la suite du voyage.

Le Hourdel et Saint Valery sur Somme

Tout avait bien commencé, départ de Boulogne à 6 heures du matin en ce 15 août, bien avant le lever du soleil, direction sud quasiment face au vent , voile et moteur donc jusqu’à l’embouchure de la Somme, pour embouquer le chenal qui mène à Saint Valery sur  Somme 3 heures avant la pleine mer, conformément aux indications du bloc marine.

En passant un appel à la marina, il nous est alors donné pour instruction de repartir à la bouée d’entrée et de s’y ancrer pour attendre le moment propice, soit 2 heures avant la marée de St Valéry. Demi tour donc  le moteur est poussé pour lutter contre le courant… et s’essouffle piteusement, pour s’arrêter tout à fait sitôt l’ancre posée par 20 nœuds de vent, creux de 1 m50.

Changement de filtre à gas oil, ré-amorcage, mais impossible de le faire repartir de façon durable.  La marée progresse, il est imprudent de rester à l’ancre de nuit en plein milieu de la baie de Somme dans les courants et la mer agitée, la panne est déclarée au Cross Gris nez qui envoie un canot de la SNSM, tandis que nous préparons notre amarre en patte d’oie. Ils arrivent avec un semi rigide, mais il est trop tard pour aller jusqu’à Saint Valery, ce sera de justesse le ponton des balisiers au Hourdel ou la Laureline se pose de traviole au bord du canal quand la mer se retire.

L »accueil par les sauveteurs en mer est très chaleureux. L’arrivée d’un voilier remorqué est l’événement du jour. Un sourire jusqu’aux oreilles,  le loueur de vélo  connaît un dieseliste qui habite le village, lequel vient le soir même pour convenir d’un rendez-vous le lendemain à 13h30, quand la marée montante remet d’aplomb le bateau et permet un redémarrage du moteur. 

Le marnage est de près de 10 mètres, le changement de paysage est spectaculaire, les lumières sublimes, voilà l’occasion d’aller se promener sur les amas de galets qui bordent le chenal.

Le mécanicien a trouvé la panne : des petits morceaux de ce qui ressemble à une peau de saucisson coincés dans le tuyau entre le réservoir et le filtre… un coup de compresseur a chassé tout ça, désamorçage et hop, la Laureline a pu repartir sur la même marée vers Saint Valéry sur Somme.

Saint Vast la Hougue

Partie de Saint Valéry sur Somme avec la marée descendante, la Laureline est arrivée le lendemain vers 13 heures devant la porte de Saint Vaast la Hougue, au bon moment de la marée montante.

Devant la grande rade, le André Malraut accompagne des plongeurs sur le site du naufrage de 12 bateaux de guerre francais, en juin 1692, sous les ordres du vice-amiral Tourville. Acculés là par les courants de marée qui leur ont interdit de se sauver par le ras de Barfleur, ils se sont retrouvés à la merci des brûlots de la marine anglaise. Ce désastre a motivé la décision royale de renforcer les défenses de cette pointe du Cotentin par deux tours tronconiques à batterie haute sur l’île de Tatihou et sur la presqu’île de la Hougue .

La tour de la presqu’ile de la Hougue juchée sur son promontoire de granit

La marina est en ce mois d’août très fréquentée par des plaisanciers qui choisissent là le bon moment pour passer la pointe du Cotentin. C’est surtout un port de pêche, vivant toute l’année, réputé pour la qualité du chantier de réparation des bateaux.

La flotte de pêche a pris du poids au cours des 20 dernières années. La Ptite Manu a 40 ans, et dépare avec ses voisins. Venue là pour changer ses treuils , elle est basée à Courcelles. Le front de mer est cependant enlaidi par les parkings qui entravent la vue de la mer. Une jolie rue commerçante accueille les touristes. Une épicerie remarquable par la diversité et la finesse de ses produits est implantée là depuis le XIXème siècle

Retour à Arzal

Le Cotentin et la Bretagne sont balayés par de puissants courants de marée qui déterminent la possibilité de passage et l’heure de départ : inutile de lutter contre des courants de 3 nœuds et plus pour passer le raz de Barfleur, le raz Blanchard ou le raz de Sein.

Le vent s’est établi à l’ouest sud-ouest , et les journées se suivent à naviguer au près ou au moteur quand le vent faiblit. Brave moteur qui tourne rond mais reste perturbé par une panne intermittente de l’alimentation gas oil. Entre Guernesey et l’Aber Wrac’h, il a fallu démonter les filtres, purger les tuyaux, siphonner du carburant propre pour réamorcer la pompe, le tout par nuit noire dans la bruine. Tout l’équipage est alors sur le pont, et ça repart à la voile avec le vent revenu, en tirant des bords dans un vent qui faiblit alors que le courant s’inverse et que le moteur pourrait être redémarré. Sur l’écran de contrôle, la trajectoire dessine des dents de requin pointues, ou peut être un grand M.

Le paysage défile, magnifique dans les lumières d’aquarelles teintées de nostalgie, faute de pouvoir s’arrêter dans un mouillage sauvage. Le moteur est relancé alors que le soir et la brume tombent. Arrivée le soir à la nuit tombée dans des marinas balisées, entre- aperçues le lendemain matin le temps d’attendre le bon sens du courant. Cherbourg, Guernesey, Aber Wrac’h laissent un goût de trop peu. On repart pour passer la pointe de Bretagne, et poursuivre la route jusqu’au Beniguet

Matinée insouciante à Houat, au mouillage sauvage de Portz Ler, juste après avoir franchi le passage du Beniguet. Enfin une possibilité de baignade, l’ensoleillement s’y prête. C’est après que ça se complique. Sécheresse oblige, les éclusages sont réduits au strict minimum, pour éviter toute remontée d’eau de mer dans la Vilaine ou est prélevée l’eau utilisée pour le réseau urbain. Les bateaux s’agglutinent dans l’espoir de passer le sas. Les pontons d’attente sont surchargés de bateaux à couple voire en triple, des deux côtés et sur toute la longueur des 2 pontons d’attente, la ou en temps normal 3 pelés et un tondu se partagent l’espace. La tension s’accumule parmi les équipages, et probablement parmi les éclusiers.

27 août : fin du voyage L’équipage sur le pont de la Laureline, dans l’écluse bondée

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